Le Brad Mehldau Trio : un évènement jazzique au GTP

Envols jazziquesVu par Zibeline

Le Brad Mehldau Trio : un évènement jazzique au GTP - Zibeline

La venue du Brad Mehldau Trio sonnait comme un évènement dans un GTP quasi comble. « L’homme à quatre mains et deux cerveaux » (dixit un critique américain), entouré de ses fidèles acolytes Larry Grenadier à la contrebasse et Jeff Ballard à la batterie, déclinait une palette colorée et élégante, navigant entre les standards du jazz, les adaptations de la pop et des pièces plus personnelles. En ouverture, le trio reprenait Great day de Paul McCartney (dernier morceau du dixième album studio de l’ancien membre des Beatles, Flaming Pie, sorti en 1997), laissant à la contrebasse un époustouflant solo. Les improvisations auxquelles chaque instrumentiste se livre tour à tour au fil des morceaux tissent de nouvelles trames éblouissantes de virtuosité -la batterie offre des moments rares avec un art consommé des nuances (De-Dah) tandis que Brad Mehldau, installé en tailleur sur son siège, dos bien droit, l’écoute- où le propos semble suivre l’élaboration d’une ivresse commune issue d’une longue complicité. La plupart des pièces interprétées étaient extraites de l’album sorti en 2018, Seymour lit la Constitution ! (la chanson titre et sa mélodie auraient été inspirées d’un rêve du pianiste au cours duquel l’acteur Philip Seymour Hoffman lui aurait lu la Constitution). On était subjugués par Spiral de Brad Mehldau, avec sa main gauche ostinato qui dessine un éternel retour et sa main droite onirique aux envols ramenés au sol par le tournoiement de l’idée fixe. Le pianiste, tête rentrée ou regardant sur le côté, presque assis de biais, ne regarde pas ses mains, comme si, indépendantes de lui, elles transcrivaient sur le clavier les mouvements d’une âme, avec une liberté qui se moque de toutes les contraintes : chacune élabore sa propre voie, croise l’autre, s’en éloigne, la retrouve, passe de la gravité à l’espièglerie, ourle ses fantaisies d’un rêve éveillé où la magie opère. Textures raffinées, simplicité, délicatesse, sonorités sculptées… un temps suspendu où l’on se laisse porter par les volutes polyphoniques vertigineuses, un lyrisme et des rythmes ébouriffants.

MARYVONNE COLOMBANI
Novembre 2021

Concert donné le 17 novembre au GTP, Aix-en-Provence

Photographie : Trio Brad Mehldau © Michael Wilson

Grand Théâtre de Provence
380 Avenue Max Juvénal
13100 Aix-en-Provence
08 2013 2013
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