Vu par Zibeline

Retour sur les petites formes proposées hors les murs par le Théâtre du Merlan à Marseille

Envol aux Flamants

Retour sur les petites formes proposées hors les murs par le Théâtre du Merlan à Marseille - Zibeline

Pour la deuxième année la Scène Nationale du Merlan a proposé un week-end de petites formes, hors de ses murs. Dans la Cité des Flamants, au Nord de Marseille. On le dit, et certains le font. Pour offrir la culture à tous il faut la déplacer, dans ses pratiques et dans ses espaces. Et, conjointement, nourrir les œuvres des rencontres avec ceux qui restent habituellement à la porte des théâtres.

Le temps des Envolées s’est implanté le 13 mai au cœur de la Cité des Flamants, dite « prioritaire » ou « difficile », où le chômage et les faibles revenus sévissent en masse. Et les propositions artistiques ont réuni un public composite, fait d’habitants de la cité, de familles, d’enfants et de femmes surtout, mêlés à quelques échappés du centre ville venus goûter aux spectacles proposés, à la paella géante partagée, aux gâteaux maison du Centre social… Une convivialité qui persista malgré la petite pluie, bien au-delà des horaires prévus.

Au programme ? Une performance délirante de Camille Boitel, qui opère ici une métamorphose radicale de son art : habituellement acrobate muet et virtuose, voici qu’il déplace son comique, s’empare de la parole et ne la lâche plus ! Son adversaire n’est plus la matérialité têtue des objets mais un conférencier qui le malmène, le pousse dans ses retranchements par son mutisme acharné… Une Conférence sur la jubilation jubilatoire.

Vincent Martinez (Cie Mauvais Coton) proposait un exercice plus classique, autour et sur un mât planté sur un socle sphérique. Un Culbuto Tangage poétique qui impressionna les enfants, avec lesquels l’acrobate instaurait une complicité faite de proximité, et d’admiration pour l’exploit.

Une intimité que l’on retrouvait également dans les récits susurrés au spectateur unique des confessionnaux d’Alexandra Tobelaim. Dans In-Two on vous raconte une histoire, à vous, et vous sentez le regard de l’acteur, que vous entrevoyez par bribes, et il vous tend la main que vous serrez. Un rapport étrange, intimidant, de trois minutes dispensées entièrement à chacun, et qui mettent en jeu le spectateur sans qu’il y échappe. La proposition dura tard dans la soirée, tant les spectateurs voulaient goûter chaque expérience, au-delà de la première histoire racontée.

Même succès pour Muerto Coco : dans leur caravane on entre à 20, bien serrés, et on écoute leurs Lectures (Z)électroniques, montages de textes contemporains accompagnés de musique concrète qu’ils fabriquent avec des jouets d’enfants. Un grand plaisir, littéraire et musical, inaccessible aux enfants de moins de 10 ans qui trépignaient devant la porte, comme devant les confessionnaux de In-Two : on les fit dessiner, écrire des poèmes, et ils reçurent la promesse qu’on ferait des Lectures et des Confessions rien que pour eux…

Opéra différent

La veille d’autres enfants « des quartiers » étaient sur scène. Marianne Suner depuis des années associe sa pratique de compositrice et de chef avec un travail de fond dans les écoles, les collèges, les centres sociaux, et un atelier de chant pour jeunes adolescents. Tous ceux-là étaient sur scène, et d’autres encore, qui avaient fait la bande électronique, dans la salle. Plus d’une centaine d’enfants, d’ados, de retraités, venus des quatre coins de la ville, surtout du Nord. Avec quatre musiciens pour les accompagner, et Marianne Suner pour les diriger tous. Son Opéra 22 dispense une musique qui sait allier une contemporanéité exigeante avec des mélodies chantantes, des répétitions et des jeux de rythmes adaptés aux capacités des enfants. Les jeunes solistes donnent de la voix, les chœurs se déplacent savamment, on ne comprend pas très bien les paroles mais on saisit l’histoire de cette société futuriste qui n’admet plus la différence, et où la perfection s’est transformée en uniformisation morbide.

Ce formidable éloge de la différence, de la couleur et de la vie, mériterait plus de moyens pour fabriquer des costumes, pour concevoir une scénographie et une mise en scène à la hauteur des énergies et du talent musical mis en œuvre. Lorsqu’on ne les délaisse pas, nos « quartiers » aiment l’art !

AGNES FRESCHEL
Juin 2017

Les Envolées se sont déroulées les 12 & 13 mai au Théâtre du Merlan et au Centre Social Les Flamants Iris, Marseille


Théâtre le Merlan
Scène Nationale
Avenue Raimu
13014 Marseille
04 91 11 19 30
http://www.merlan.org/