Le Musée Angladon offre un temps d'apaisement autour de la collection remaniée de Jacques Doucet

Entrez dans la lumièreVu par Zibeline

Le Musée Angladon offre un temps d'apaisement autour de la collection remaniée de Jacques Doucet - Zibeline

Pour fêter ses 20 ans, le Musée Angladon se paye une cure de jeunesse !

À Avignon, chacun a pu croiser le profil débonnaire du collectionneur Jacques Doucet, croqué par Cappiello en 1903, qui habillait les visuels du Musée Angladon. Le couturier-mécène apparait affublé d’une canne et d’un haut-de-forme d’une élégance manifeste. Remise au goût du jour, épurée, son impressionnante collection abritée dans la maison-musée de Jean et Paulette Angladon-Dubrujeaud garde cet indéniable charme ! Aujourd’hui, passé l’éclatant puits de lumière à l’entrée, les portraits de ces deux artistes avignonnais accueillent et guident le visiteur vers les onze salles du magnifique bâtiment du XVIIIe, où se logent sur deux étages, comme dans un écrin de velours, les chefs-d’œuvre hérités de leur grand oncle.
La collection permanente dépoussiérée
Manet, Cézanne, Picasso, Foujita, Degas, Sisley, Van Gogh, Vernet, mais aussi les Arts extrême-orientaux, africains… Du 7e siècle aux années 1920, la liste des acquisitions, riche des plus belles curiosités, comporte une large amplitude historique. Ici, pas de séries, mais des choix inspirés, guidés par un style de vie dédié à l’art et un désir de modernité. Et des cadres designés par le couturier dans des matériaux spécifiques. On passe de l’École de Paris « où les gens font des selfies devant la star du musée, notre Joconde !» (Femme à la blouse rose, Modigliani), à une peinture de jeunesse de Vuillard, d’un Bouddha sur soie du XIIe à un portrait miniature de Mme Pompadour, d’un ensemble de vaisselle de Chantilly à une table d’écriture du XVIIe. Tout est précieux, extrêmement bien conservé et aiguise singulièrement l’attention : « L’art peut être un temps de pause » confirme la directrice. Nommée en mai 2015, l’historienne d’art Lauren Laz a entièrement réorganisé le musée et redéfini le parcours dans la collection permanente autour de la figure de Doucet, « son intérieur était une œuvre d’art. Plus il a vieilli, moins il est devenu conservateur. Il est notre objet le plus précieux ». Et pour mettre en relief les œuvres jusqu’alors absorbées par leur abondance, elle a diminué leur nombre de moitié (150 ont été remisées), les a abaissées à hauteur d’yeux et revu l’accrochage. Six semaines de travaux ont eu lieu début 2016 pour repeindre les murs, dépoussiérer les salons XVIIIe, déplacer les 2000 livres de la bibliothèque… Et pour re-fidéliser l’équipe (11 salariés) autour d’un projet commun, et économiser (le musée ne reçoit aucune aide publique), chacun a prêté la main. Le résultat est remarquable !
Place à l’art contemporain
Pour continuer à « satisfaire les touristes » et « renouer avec le public local », Lauren Laz souhaite amplifier l’offre de médiation et les ateliers artistiques, organiser des expositions temporaires et ouvrir à l’art contemporain dans un nouvel espace (le 2e étage en travaux ouvrira mars 2017). En mai, une vidéo prêtée par le FRAC sera installée ; des liens se nouent déjà avec la Collection Lambert. Pourquoi ne pas rajouter un appel d’air supplémentaire, en ouvrant en permanence la délicate cour minérale attenante, où a été jouée l’été dernier la pièce Marche, par le Théâtre du Balcon ? Une autre entrée dans la lumière…

DELPHINE MICHELANGELI
Mars 2016

Musée Angladon, Avignon
04 90 82 29 03 angladon.com

photo : Musée Angladon, caricature Jacques Doucet, Cappiello © Delphine Michelangeli