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Vu par Zibeline

FID 2016, compétition française : le film de M.H Rebois épouse un processus vivant de passation artistique

Entrez dans la danse

• 15 juillet 2016 •
FID 2016, compétition française : le film de M.H Rebois épouse un processus vivant de passation artistique - Zibeline

Comment transmettre aux générations à venir le patrimoine immatériel de cet «art impermanent» qu’est la danse ? Marie-Hélène Rebois ne cesse à travers ses documentaires de poser la question et d’y répondre par le cinéma, glissant d’un art du mouvement à un autre. En 2003, son film Ribatz Ribatz, ou le grain du temps obtenait au FID, le grand prix de la Compétition Française. Il y était question de la mémoire du geste et de la renaissance d’une écriture inscrite dans les corps après la mort de son créateur Dominique Bagouet. En 2012, dans Merce Cunningham, La danse en héritage, la réalisatrice revenait sur le Legacy Plan organisé par ce grand chorégraphe. La voici à nouveau en lice dans cette 27è édition du FID avec un film qui traite à nouveau de danse et de transmission : Dans les pas de Trisha Brown. Elle y filme le travail de Lisa Kraus et Carolyn Lucas pour «incorporer» aux danseuses du Ballet de l’Opéra de Paris, une œuvre entrée au répertoire : Glacial Decoy.

Dans la salle d’exercices aux murs gris et nus, miroirs et barres derrière elles, les ballerines répètent les séquences de cette pièce d’anthologie de 18 minutes, concentrant les partis pris artistiques de Trisha Brown, figure majeure de la danse contemporaine. Lisa Kraus faisait partie de sa troupe. Elle communique aux jeunes danseuses, par l’exemple, l’image, le témoignage et la métaphore, la danse selon Trisha. Pour elle, ce sont les seules voies possibles pour l’appréhender, la notation Laban conçue en 1920 pour transcrire et reproduire le mouvement humain se révélant peu opérationnelle ici.

Car comment cinétographier la mobilité de l’équilibre, l’abandon à la chute, l’énergie inversée de l’ascension, l’influence de la gravité sur chaque mouvement, la connexion invisible entre les danseurs? Comment comprendre la réflexion novatrice de la grande chorégraphe sans rappeler ses performances sur les toits de New York ou encore son Man Walking Down the Side of a building de 1970, où un danseur incliné à 90° marche sur la façade d’un immeuble. Peu à peu, on découvre à travers les captations archivées, la répétition inlassable des gestes et les séquences filmées intégralement par Marie-Hélène Rebois, ce fascinant ballet silencieux où les danseuses en longues robes blanches -réinterprétation du tutu par Robert Rauschenberg -évoluent devant quatre écrans sur lesquels sont projetés près de 200 photos de camions, décharges, animaux, dans le rythme régulier du cliquetis sec généré par le passage des diapos. Si on oublie quelques plans de coupe inutiles qui rappellent qu’on est bien à Paris et l’intervention superflue d’une responsable du ballet , ce que nous montre la réalisatrice, au-delà de la lumineuse leçon de Lisa et de la beauté de cette écriture chorégraphique, c’est un processus vivant de passation, l’appropriation d’une pensée et une trans-fusion d’énergie et de joie !

ELISE PADOVANI
Juillet 2016

© Trisha Brown Dance Company


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