Simon Trpčeski fait danser La Roque d’Anthéron

Entrez dans la danseVu par Zibeline

Simon Trpčeski fait danser La Roque d’Anthéron - Zibeline

Un peu de légèreté ne fait pas de mal, surtout lorsqu’elle est virtuose. Simon Trpčeski offrait avec une impeccable technique un programme où l’on croisait la danse des Quatre Mazurkas opus 24 que les évolutions traditionnelles de la Pologne inspirèrent à Frédéric Chopin qui croise ici musique savante et populaire. Le plaisir de jouer, dans une découverte renouvelée quasiment enfantine (étonnement de scène sans doute, partagé avec un public enthousiaste) est palpable dans le tournoiement des notes qui semblent s’amuser aussi de leurs acrobatiques envols. Les Variations en fa dièse mineur sur un thème de Robert Schumann opus 9 de Brahms offrent une palette brillante où l’on voit le compositeur échafauder les figures de style les plus complexes, ourler les thèmes de volutes brillantes, comme s’il tentait, tout en lui rendant hommage, de surpasser en maestria le mari de Clara Schumann et faire à cette dernière une déclaration enfiévrée.

Toujours dans la distanciation, Simon Trpčeski s’attachait au pastiche de la suite baroque que Grieg composa avec Au temps de Holdberg, suite pour piano opus 40, écrite pour le bicentenaire de l’écrivain Ludvig Holdberg qui fut le premier romancier nordique des temps modernes. Baroque sans aucun doute avec ses appogiatures ou le clin d’œil à Bach et ses contrepoints, mais aussi, un abord de la mélodie qui semble annoncer Michel Legrand dans le mouvement intitulé Air. Les percussions exacerbées de la Sonate n° 7 en si bémol majeur opus 83 de Prokofiev (qui fait partie d’un groupe de sonates qualifiées de Sonates de guerre) rappelle l’angoisse et la lutte des années de guerre, souligne l’équilibre instable d’un monde en proie au chaos. La théâtralité de l’interprétation qui n’est pas sans évoquer les films d’Eisenstein, l’ivresse du mouvement, les rythmes martelés, un léger détour par le jazz, les octaves en cascade du final où les phrases musicales s’enivrent d’elles-mêmes, séduisent l’auditoire qui ovationne le champion, en redemande. Ce dernier, comme s’il était dans un salon s’adresse avec la familiarité des amis aux spectateurs ravis et leur offre quatre rappels : Humoresque de Shchedrin, dédiée à ses amis dans la salle, la musique très descriptive semble accompagner un dessin animé avec ses chutes, ses mimiques espiègle et potache, puis l’Hommage à Edith Piaf de Poulenc pour dire l’amour du pianiste pour la France, la Valse op. 12 n° 2 de Grieg et la Mazurka op. 17 n° 4 en la mineur de Chopin referment le bal…

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2021

Concert donné le 18 août dans le cadre du Festival International de piano de La Roque d’Anthéron

Photographie © Valentine Chauvin