Fabien Dariel adapte, met en scène et joue "L’heure du diable" de Pessoa au Toursky

Entretien avec le DiableVu par Zibeline

Fabien Dariel adapte, met en scène et joue

Le livre de Fernando Pessoa, L’heure du diable, par sa construction, son rythme, la simplicité apparente des mots, la vertu programmatique de son titre, le temps de la conversation menée par le Diable coïncide à peu de choses près avec le temps de sa lecture à voix haute. Fabien Dariel adapte, met en scène, et joue le texte posthume de Pessoa, secondé par Vincent Capes et ses vidéos. Maria, enceinte, rencontre lors d’un bal de carnaval un homme déguisé en diable. Le temps passé à raccompagner la jeune femme chez elle est celui d’un quasi monologue de ce personnage qui se désigne comme « le maître lunaire de tous les rêves, le musicien solennel de tous les silences ». Le dévoilement du monde et de ses ressorts imprègnent l’esprit de l’enfant à naître, qui sera plus tard un poète, un génie, doté de souvenirs qu’il n’a pas vécus, et que sa mère nie. Le diable ne l’affirmait-il pas lui-même, « je n’existe pas  réellement. Si quelque chose existe, je n’en sais rien ». Ce diable surprenant se refuse au mal, et dans cette longue confession formule un art poétique qui sera celui de l’artiste à venir.

La scène voit se dessiner un large cercle tracé inégalement à la peinture blanche, un cintre descend, vêtu d’un ample manteau, celui que l’enfant/adulte, endosse pour devenir l’obscur personnage qui accompagne sa mère jeune (Émilie Maréchal). Dans une promenade aux accents faustiens, il lui montre depuis une hauteur infinie les grandes villes de la terre, qui « sont des taches de lumière dans les ténèbres, et nous, sur ce pont, nous passons, (dit-il), bien au-dessus d’elles, pèlerins du mystère de la connaissance. » Le rêve se conjugue à la philosophie, embrasse l’univers et la pensée, les enveloppe dans l’orbe des mots, fascinante et subtile, tandis que le personnage envoûtant marche autour du cercle qu’il a dessiné, inlassable, décryptant les signes et les sens.

La vérité de ses assertions réside dans ses phrases, la création passe par le verbe, métaphore première de l’art et de la mystique… « Je suis l’absolu négatif, l’incarnation du néant »… Essence même du désir, il « porte en (lui) les souvenirs de choses qui ne sont pas parvenues à être, mais qui étaient sur le point d’être. » La vérité est inaccessible nous explique ce voyage initiatique dans l’obscure beauté des choses.

« La plus haute initiation se termine par la question incarnée de savoir s’il y a quelque chose qui existe. »

Les spectateurs se laissent emporter dans ce flux virtuose et onirique avec délectation. L’alchimie du théâtre rencontre ici celle d’un grand texte, là réside la magie… « Un bon rêveur ne se réveille pas ».

MARYVONNE COLOMBANI
Avril 2016

Du 26 au 30 avril, Théâtre Toursky

Photographie © DR

Théâtre Toursky
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