Vu par ZibelineÉmilie Lalande fait danser Prokofiev au Pavillon Noir

Entremots et entrechats

Émilie Lalande fait danser Prokofiev au Pavillon Noir - Zibeline

Du conte musical Pierre et le loup à la danse, un entrechat, une pirouette, un malicieux clin d’œil… pour cette «histoire pas comme les autres », où flûte légère et gazouillante, malheureux hautbois mélancolique, douce clarinette, basson grondeur, les timbales et la grosse caisse, instruments à cordes de l’orchestre, trois cors sévères et sombres, représentent les protagonistes, Oiseau, Canard, Chat, Grand-Père, chasseurs, Pierre et bien sûr le Loup. La chorégraphe Émilie Lalande prend la place du conteur, grimée en « Monsieur Loyal » narre malicieusement l’histoire, laissant s’installer une malicieuse distanciation, avec la présentation des protagonistes sur des chaises qui dessinent la traditionnelle  diagonale du plateau, les faisant émerger ensuite d’un coffre digne des Mille et une nuits ou des meilleurs greniers à histoires… On rit beaucoup, enfants et plus grands, à cette interprétation de l’œuvre de Prokofiev, les danseurs jouent, miment, dessinent les traits de leurs personnages avec un goût inénarrable de la facétie, alliant perfection des gestes et désopilantes mimiques : Oiseau (Clara Freschel) mutin, tout en légèreté, Chat (Margaux Coucharrière) enjôleur et indomptable, Canard (Leonardo Cremaschi) cocasse, doté d’invraisemblables palmes, Loup (Marius Delcourt) jouant de son effrayante réputation, Grand-Père (Simon Ripert), agile malgré sa tremblote et sa canne, et Pierre ( Jean-Charles Jousni), débordant de joie de vivre et d’insouciance. Un léger changement de costume et voici le Canard et le Grand-Père devenus des chasseurs ballots… le tout est enlevé, léger, rapide, inventif, et s’achève par une marche triomphale à l’humour décapant.

MARYVONNE COLOMBANI

Avril 2016

Pierre et le loup (ici Pierre et l'oiseau)

Spectacle donné les 17 et 18 avril, Pavillon Noir, Aix-en-Provence

Photographie © Jean-Claude Carbonne