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Vu par Zibeline

« Ici je n’ai pas vu de papillon » bouleverse la fondation Camargo

Entre voix, mer et violoncelle

« Ici je n’ai pas vu de papillon » bouleverse la fondation Camargo - Zibeline

Le Festival Les Musiques, organisé par le GMEM multiplie le champ des expériences esthétiques, et conduit les auditeurs à des découvertes d’une belle intensité. Ainsi, dans l’écrin magique du petit théâtre aux allures antiques de la Fondation Camargo, ouvert sur la mer, le violoncelle de Sonia Wieder-Atherton semblait ourler la beauté du paysage de ses modulations, rendant sensible chaque frémissement, chant d’un oiseau, comme suspendu, bruit des vagues, soudain plus affirmé… Transcription pour violoncelle de la sonate pour violon seul de Bartók, sa palette colorée qui danse entre l’intime et les chants populaires, Prière juive composée par l’instrumentiste, toute en subtile finesse, Aria, (Boris Tchaïkovsky), Elégie (Stravinsky), Suite de Benjamin Britten… les pièces arpentent un XXème siècle, où le sublime côtoie l’horreur. Fleurs poétiques fragiles dites avec une fraîcheur et une puissance rare par la jeune actrice Anna Gianforcaro,  poèmes écrits par des enfants du ghetto de Terezin… Nostalgie de la maison perdue, incompréhension devant la peine absurde infligée à l’innocence, « douce enfance qui doucement repose » dans les souvenirs précieux alors que cette enfance est devenue « affreuse », avec ses « jours assassinés »… Les noms des enfants poètes, leurs âges, la date du texte, sont énoncés sans aucun commentaire, l’année suffit pour nous éclairer sur leur sort. La feuille de salle rappelle combien les conditions du ghetto de Terezin étaient effroyables, malgré le propos affiché de présenter en ce lieu à la communauté internationale une « vitrine de la bonne volonté du Troisième Reich envers les juifs »… Un seul des petits poètes est cité comme ayant survécu. Pas de pathos larmoyant pour autant, l’intelligente sobriété de la mise en espace (Sarah Koné), mais une profondeur bouleversante. Seule la Suite n°1 de Bach semble capable de restaurer un équilibre, et renouer avec l’harmonie du monde. Un long silence recueilli accueille les dernières notes. Il faudra longtemps au public pour quitter les gradins, comme pour préserver la magie de l’instant. Et c’est ainsi que renaissent les papillons…

MARYVONNE COLOMBANI
Mai 2018

Le spectacle Ici je n’ai pas vu de papillon, d’après les poèmes des enfants de Terezin, publiés par le Musée National Juif de Prague,  a été donné en partenariat avec la Fondation Camargo le 15 mai dans le cadre du Festival Les Musiques organisé par le GMEM.

Photographie : Sonia Wieder Atherton © Pierre Gondard