Vu par Zibeline

Le Quatuor Arod était au Théâtre Armand de Salon-de-Provence le 8 novembre

Entre trouble et joie profonde

Le Quatuor Arod était au Théâtre Armand de Salon-de-Provence le 8 novembre - Zibeline

La virtuose fraîcheur du jeune Quatuor Arod (Jordan Victoria et Alexandre Vu, violons, Tanguy Parisot, alto, Samy Rachid, violoncelle) a décliné ses gammes au Théâtre Armand, à Salon. Avec une moyenne d’âge de 25 ans, ces jeunes artistes ont déjà un palmarès qui réjouirait des interprètes en fin de carrière : Premier Prix du Concours Européen de la FNAPEC 2014, du Concours Carl Nielsen de Copenhague 2015 et du Concours International de l’ARD de Munich 2016

Au programme joie espiègle et profondeur se conjuguaient avec une élégance sobre, pailletée d’éclats. Le Quatuor en mi bémol majeur op. 76 n°6 de Haydn joue de sa verve débridée, phrases comme inachevées suivies de longues périodes enlevées, échappées enjouées, amorce de dissonances vivement résolues, esthétique de la surprise menée à son acmé…

Une énergie pure se dégage des rythmes inattendus, se fond dans le délicat solo de violon, éclate en variations brillantes, condensé d’allégresse. Lui répond la courte pièce, bouleversante d’intensité, d’Anton Webern, Langsamer Satz pour quatuor à cordes. Le son se creuse, gagne une intériorité saisissante. Les pizzicati sèment leur rosée de notes, le violoncelle prend par instant des accents de harpe, tandis que de sublimes pianissimi comme posés sur le fil tissent l’invisible…

Enfin, le Quatuor n°1 en la mineur op. 41 de Schumann, l’une des premières œuvres de musique de chambre du compositeur, dédicacée à Félix Mendelssohn, proposait en deuxième partie la liberté de sa forme, ses écheveaux complexes de lignes, ses attaques vives, ses ruptures acrobatiques de rythmes et de ton. Le Quatuor nous entraîne d’un registre à l’autre, densité recueillie, danses et scènes de genre, tableautins ciselés, brodés sur la trame des souvenirs…

On se laisse happer dans ces volutes choisies, où se condensent les émotions humaines. En bis, une sublime transcription pour quatuor de la pièce pour piano de Schumann, Rêverie, nous transportait hors du temps, par son évidente simplicité, poésie pure, encore suspendue, vibrante dans le dernier silence.

MARYVONNE COLOMBANI
Novembre 2018

Concert organisé par le Festival International de Musique de Chambre de Provence, donné le 8 novembre au Théâtre Armand, Salon

Photo : Quatuor Arod © Aurélien Gaillard


Théâtre Armand
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