Vu par Zibeline

Jean Claude Pennetier à La roque d'Anthéron

Entre ses mains

• 8 août 2014 •
Jean Claude Pennetier à La roque d'Anthéron - Zibeline

À quoi pense-t-il lorsqu’il s’avance seul sur l’immense scène, face au mur du public tout entier tourné vers lui ? La solitude du pianiste qui entre sur le grand plateau du Parc de Florans face aux visages éclairés encore par la lumière du jour tombant a toujours quelque chose d’exceptionnel. Chacun sait que le soliste qui s’avance si simplement a passé sa vie, ses heures et voué son esprit, à travailler la musique qu’il va offrir. Tous les pianistes qui se présentent sur cette scène sont époustouflants, jeunes solistes fougueux ou longs pratiquants des claviers, au jeu pyrotechnique ou tendre, et l’on s’attend toujours au meilleur. Pourtant, Jean-Claude Pennetier a offert le 8 août un concert d’une musicalité inattendue. En commençant par le Carnaval de Vienne de Schumann, dont il rendit les mouvements lents avec un toucher miraculeux, puis en enchainant avec les Scènes d’enfants, où chaque note, chaque phrase fut une surprise d’intelligence, de douceur et de poésie. En deuxième partie, après quelques Mazurkas de Chopin en amuse bouche, il joua la marche funèbre, passant sans difficulté les gouffres du premier mouvement, faisant sonner doucement les déchirements du second, puis plaquant sans appuyer la célèbre Marche, laissant toute sa place au déploiement sentimental du second thème. Quant au dernier mouvement, jamais clavier ne fut effleuré si légèrement : toute la modernité de Chopin, sa capacité à faire entendre des objets sonores, grondements, flux, fracas, murmures, semblait, sous les doigts agiles mais surtout habités, effacer des années d’interprétation note à note, pour ne garder que les sublimes élans. En bis un Nocturne de Chopin, sublime et simple, puis un autre de Fauré, où l’on comprit d’où sortait cette interprétation si juste, et si française, de ce romantisme intérieur. Des années de fréquentation intime de cette musicalité française, de Fauré et Ohana, une expérience rare de chambriste et de dialogue avec l’orchestre, ont permis à Pennetier d’écouter comme de l’intérieur la musique qu’il joue, et de faire entendre ce répertoire que l’on interprète souvent trop vite, et trop brillamment : c’est de douleur, de couleurs, de changements subtils des états d’âme, dont il était question ce soir-là, entre ses mains, et dans le public tout entier ému.

AGNÈS FRESCHEL
Août 2014

Ce concert a eu lieu au Parc du Château de Florans le 8 août 2014 dans le cadre du Festival de La Roque d’Anthéron