Le Meraviglie d’Alice Rohrwacher en ouverture des Rencontres Films Femmes Méditerranée

Entre ombres et lumièresVu par Zibeline

• 7 octobre 2014⇒14 octobre 2014 •
Le Meraviglie d’Alice Rohrwacher en ouverture des Rencontres Films Femmes Méditerranée - Zibeline

C’est en musique que les 9è Rencontres Films Femmes Méditerranée se sont ouvertes au Prado, le 7 octobre devant une salle comble. Polyphonies rroms et bulgares interprétées par Nova Zora, suivies du discours inaugural de la présidente Laurence Boulin qui a rappelé combien ces Rencontres «arrachées à la conjoncture», doivent à la persévérance, à l’opiniâtreté et à la générosité de l’équipe. Au programme de la soirée, un cadeau : en avant-première, le film d’Alice Rohrwacher: Le Meraviglie, Grand prix au Festival de Cannes cette année.

La nuit trouée par les phares de 4/4, des crosses de fusil et des pantalons treillis. La caméra balaye l’obscurité, entre dans une maison, découvre des corps d’enfants endormis, des tissus froissés. La ferme délabrée où vivent Gelsomina, ses trois sœurs, leurs parents, devient d’emblée une île au milieu d’un océan hostile, et la famille, très féminisée, un univers intime où chacun joue sa partition. Le père apiculteur refuse le «monde réel» qui transforme l’Ombrie en  destination touristique, l’aseptise via les règlements européens, l’empoisonne via les coopératives qui distribuent des pesticides, la folklorise via la télévision. Tyrannique et aimant, il impose sa folie à sa tribu qu’il fait travailler dur, surtout Gelsomina l’aînée, qu’il n’a pas vu grandir et qui se laisse tenter par ce que l’intransigeance du père lui refuse. Chronique familiale, film d’apprentissage, comme il en est des romans d’adolescence, avec pour éléments déclencheurs la menace d’expulsion, l’accueil d’un jeune délinquant mutique, et le tournage, sur une île déserte au milieu du lac voisin, d’une émission de téléréalité intitulée «Le Pays des merveilles». Grotesque à souhait et vaguement fellinienne. Un monde tout aussi fou que celui dans lequel s’est enfermé le père. La grotte où se projettent les ombres des enfants et les lumières artificielles des projecteurs a quelque chose de la caverne de Platon, la réalité y est illusion. Comme dans son premier film Corpo celesteAlice Rohrwacher suit l’itinéraire d’une jeune fille qui lui ressemble un peu, et elle excelle dans l’art du portrait. Aucun personnage même secondaire n’est laissé de côté, tous servis par le talent des acteurs. Maria Alexandra Lungu, bien sûr, qui crève l’écran dans le rôle de l’héroïne mais aussi Sam Louwyck dans celui du père ou encore Monica Bellucci en déesse de carton pâte, désabusée. Naturaliste et poétique, social et intimiste, le film montre une Italie loin des cartes postales, de boue et de pluie, en cette fin d’été, mais dorée et emmiellée. Entre ombres et lumières. La réalisatrice place un chameau indifférent dans le jardin, et, à même le sol, un lit chaud où la famille peut se serrer pour vous faire, à tout moment, une petite place.

ÉLISE PADOVANI
Octobre 2014

Films Femmes Méditerranée

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Crédit photo : Ad Vitam

Cinéma le Prado
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