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Retour sur la 36ème édition du Festival Tous Courts à Aix-en-Provence

Entre ombres et lumières

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Retour sur la 36ème édition du Festival Tous Courts à Aix-en-Provence - Zibeline

Le Festival Tous Courts a ouvert sa 36e édition devant une salle comble le 4 décembre au cinéma Le Cézanne à Aix. En apéritif, avant que ne se déploie la foisonnante programmation de la semaine, 6 courts hors compétition échantillonnant l’extraordinaire variété formelle du genre. Dans l’ordre d’apparition à l’écran, EX de Jacques Monory, intégré à la série de ses peintures de 1968, intitulées MEURTRES. Hommage à ce peintre-cinéaste mort en octobre dernier à travers ce film dit expérimental. Montage d’images personnelles ou d’archives, photos ou vidéos, en monochromie bleue. Sous la pulsation de la batterie de Daniel Humair, la révolution cubaine, les manifestations collectives, les parties privées, les crashes d’avions et d’automobiles, la course effrénée d’un homme dans la ville et un colt récurrent. Convulsions du siècle, pulsations, composition entre trajectoires et chutes. Du bleu bien noir !

Puis, de la figuration narrative de Monory, on est passé à la fantaisie surréaliste des Portugaises Alice Eça Guimãres et Monica Santos. On se souvient d’Amelia et Duarte. Les réalisatrices y racontaient la fin d’une relation amoureuse, combinant images réelles et animations. Mêmes procédés de magiciennes et même inventivité dans le court suivant : Entras sombras. En Noir et blanc cette fois. Dans la lignée des grands polars hollywoodiens. Sauf qu’ici c’est l’homme qui est « fatal », entraînant une employée de la Banque du Cœur dans un casse et une fuite. Le cœur, accessoire précieux déposé dans des coffres forts, à l’abri des affres de l’Amour, se vole malgré tout.

L’amour et ses complications quand on a 17 ans, qu’on n’est pas sérieux, qu’on subit l’autorité de parents qui font ce qu’ils peuvent, c’est le propos d’Amir et Léa, qui met en scène le premier choix d’adultes de ce couple : garder l’enfant qu’ils ont conçu et ou opter pour l’avortement. Un film un peu maladroit mais touchant écrit à 7 dans le cadre des Ateliers de la CinéFabrique, école nationale supérieure de Cinéma impliquée, dans la formation de Jeunes dans les quartiers sensibles, réalisé par Charlene Favier.

Enlevé, politiquement incorrect, et irrésistiblement drôle, Kleptomami de Pola Beck bouscule le mythe de la mère parfaite. Pour convaincre un agent de sécurité qui l’a surprise à voler dans le supermarché en utilisant la poussette dans laquelle un bambin rose et rieur devient complice de sa madrée maman, la protagoniste fera le récit sans concession du calvaire de sa grossesse, des horreurs de l’accouchement et du post-partum !

Petit bonheur d’animation : Fire in Cardboard du néozélandais Phil Brough, enchaînement gaguesque d’un incendie dans une ville en carton jusqu’à une chute inattendue qui « noie le poisson ».

Et grand bonheur avec De la joie dans ce combat, documentaire bouleversant de Jean-Gabriel Périot : un chœur amateur de banlieue, des portraits en gros plans sur fond noir, filmés dans la respiration du chant lyrique de Thierry Escaich, entre peur et affirmation de soi, parole individuelle et collective. La musique comme le cinéma, moyen de résister et de sortir de l’isolement !

ELISE PADOVANI
Décembre 2018

Le festival Tous Courts s’est tenu du 4 au 8 décembre à Aix-en-Provence

Photo : de la joie dans ce combat, de J-G Periot © Les films Pelléas