Entre les corpsVu par Zibeline

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Depuis le 16 février, le nouveau complexe culturel de Saint-Maximin La croisée des arts (médiathèque, salle de cinéma, salle de spectacle) ne désemplit pas, preuve de l’attente culturelle de la région. Le festival La croisée des danses s’y est installé cette année programmant, outre la Cie Raf Crew et La maison de Nathalie Pernette (voir Zib’39) deux spectacles phares : Nya d’Abou Lagraa et le Sacre du printemps de Jean-Claude Gallotta par sa compagnie grenobloise.

La démarche d’Abou Lagraa et de Nawal Aït Benalla-Lagraa, fondamentalement généreuse, lance des ponts au dessus de la Méditerranée, et apporte un crédit international à la danse en Algérie. Construit avec le ministère algérien de la Culture, le projet de coopération franco-algérien pour le développement de la danse comprend des échanges artistiques, des programmes de formation, de création. Les deux chorégraphes ont ainsi sélectionné, en Algérie, 9 jeunes danseurs de hip hop. Qui interprètent avec un bel enthousiasme Nya, la première pièce du Ballet contemporain d’Alger. Acte fondateur essentiel dans l’histoire de la danse ! Fougue, adresse, les prouesses acrobatiques et inventives du hip hop viennent s’enrichir d’une construction contemporaine, et de la pratique chorégraphique sensuelle d’Abou Lagraa. Pour cette fusion des genres, deux musiques, le Boléro de Ravel, symbole de l’Europe, Le chant des Aurès d’Houria Aichi, en langue Chaoui, emblématique du Maghreb. Rencontre encore entre le monde urbain et celui des campagnes, union de la tradition et de la modernité, fusion des cultures sans qu’elles ne se perdent jamais… Nya -Faire confiance- séduit davantage qu’Un Monde en soi (voir Zib 51), et entraine le public vers un plaisir non dissimulé ! «Le but, c’est donner une émotion» affirme Abou Lagraa. Le pari est tenu.

Jean-Claude Gallotta fait partager sa démarche chorégraphique en proposant en prélude au Sacre une courte pièce, Tumulte, où le silence qui succède à un hurlement de femme, accueille les variations qui seront la base de la chorégraphie du Sacre. Puis un bref solo qui interpelle Igor Stravinski, le tutoyant sur le mode biblique. Le propos du Sacre du Printemps est transformé, il n’y a plus d’Élue unique condamnée à danser jusqu’à sa mort : toutes les jeunes filles sont élues, et le sacrifice devient universel. Chez Gallotta, le Sacre est une rêverie d’enfant, de petites chaises d’écoliers envahissent la scène dans l’introduction et la conclusion. La pièce mythique prend ainsi des allures ludiques, se met en abîme, et raconte l’histoire comme en un rêve de danse narrative retrouvée. Qui pourtant ne va pas au bout de la nostalgie et des références : les costumes, ratés, n’arrangent pas les corps, et la musique si faussement primitive de Stravinski dessert, par contraste, une danse trop simple, trop terne pour tenir le choc de la fougue et de la complexité d’une partition qui appelle la démesure, et des réglages parfaits. Un rêve de Sacre qui permet pourtant de mettre en scène, par contraste avec l’argument initial, une virilité vaincue, même si la danse n’est pas à la hauteur du propos.

MARYVONNE COLOMBANI

Mai 2012

La Croisée des danses a eu lieu du 9 au 19 mai La Croisée des Arts, Saint-Maximin

La Croisée des arts
Pôle Culturel Provence Verte
Place Malherbe
83470 Saint-Maximin la Sainte-Baume
04 94 86 18 90
www.var.fr