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Arbres, l’intime échange au Centre d’Art Contemporain de Châteauvert

Entre les arbres et les hommes

• 14 octobre 2019⇒1 décembre 2019, 9 novembre 2019 •
Arbres, l’intime échange au Centre d’Art Contemporain de Châteauvert - Zibeline

L’exposition du Centre d’Art Contemporain de Châteauvert, Arbres, l’intime échange, semble être une émanation de la nature qui entoure le lieu.

Les deux commissaires de l’exposition, Li Ragu et Michel Muraour, artistes eux-mêmes, sourient en évoquant ce qui a suscité l’envie d’une telle exposition : « l’arbre est devenu un phénomène de mode, de société, depuis La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben ». C’est une visite chez le plasticien Yves Conte qui a tout déclenché, avec la découverte du livre du peintre Alexandre Hollan, Je suis ce que je vois. En plus de quelques-uns de ses fameux arbres au fusain, l’un de ses principes se trouve en exergue de l’exposition : « Le monde autre qu’humain, le monde de la nature est habité par l’inconnu. Certains arbres sont des portes ». Aux quinze artistes invités est laissé le soin de les ouvrir, dans le parcours de cette exposition qui trouve sa propre respiration dans l’organisation claire des espaces où la couleur s’invite avec une juste sobriété.

Parmi les angles d’approche, on ne peut que se laisser séduire par celui de Joseph Beuys, l’un des fondateurs du parti écologiste allemand, qui préconise la « sculpture sociale », autrement dit le mouvement collectif qui mène à la réalisation d’un acte artistique, ainsi, celui des 7000 chênes (1984). Chaque arbre était accompagné d’une pierre basaltique dressée, de 1m20 de hauteur, témoin fixe de l’exploit du vivant, dans cette tentative de transcender l’histoire, de générer l’utopie et révéler ce héros qu’est l’humain. L’art comme un baume qui soigne le monde se retrouve aussi dans la construction symbolique d’Élodie Barthélémy, La cérémonie du Bois Caïman, qui nous rappelle l’événement majeur qui a conduit à l’insurrection des esclaves et à l’indépendance d’Haïti : arbre sacré, autel où se scella l’acte de sang des insurgés, et l’entremise du tambour, ce « Bois debout » qui conjugue l’énergie des arbres et celle des révoltés. L’arbre devient le trait-d’union entre les êtres, rassembleur et bienveillant comme Le manguier de Maputo de Michel Loye, qui abrite de son ombre immense la vie sociale. Abri, refuge, l’arbre est aussi celui qui, coupé, donne accès à la connaissance, en devenant papier, dans l’installation du même artiste L’écrit des cernes. Union encore, fusion amoureuse des êtres avec les trois sculptures des Baobabs amoureux de Yoyo Sorlin, mythe d’une tentation de l’absolu, parcourue des trois éléments, terre, eau, air, alors que Sylviane Bykowski nous interpelle en brossant au fil de ses photographies un portrait quasi anthropomorphique des palmiers qui meurent sur la côte.

Frontières abolies

La distinction dans les œuvres exposées entre nature et humain n’est plus… Du geste de Christian Nironi, naissent les arbres, émouvants dans leur émergence au cœur de taches d’encre, ou d’échafaudages de fils de fer rouillés, les mémoires anciennes viennent alimenter l’imaginaire. Albane Hupin sollicite les arbres en tant que source de matières, Charlotte-Agnès Dugauquier métisse l’éphémère et le spirituel, explore la nature dans sa respiration et l’inscrit dans une mémoire universelle. Emmanuel Billon convoque l’imaginaire médiéval et entraîne des silhouettes d’arbres dans la ronde sans fin d’une danse macabre. Les feuilles de figuier de Gérald Thupinier s’imprègnent d’une palette colorée issue du Quattrocento. Couleurs auxquelles répondent les « couché dessous » d’Yves Conte dans sa perception quasi fauviste des frondaisons. Angelica Julner témoigne des activités humaines sur la nature, décèle l’insolite des choses comme le bleu de Klein sur un arbre… tandis qu’Henri Olivier s’identifie à l’arbre qui porte son nom, et lui rend une ombre décuplée de ses propres reflets. Enfin, jonction entre le dedans et le dehors, les installations et sculptures de Charlotte B. Lacordaire redonnent vie au métal et le végétalisent en souples hampes issues de l’industrie et rendues à l’état de roseaux… pensants ?

MARYVONNE COLOMBANI
Octobre 2019

Arbres, l’intime échange
jusqu’au 1er décembre
Centre d’Art Contemporain, Châteauvert
acac83.fr

À venir
9 novembre 16h
Conférence (entrée libre) de Jonathan Vidal anthropologue (travaille au conservatoire d’espaces naturels Provence Côte d’Azur, Pôle Var)

Photographie : Alexandre Hollan, Le grand chêne dansant, fusain © Illès Sarkantyu