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Vu par Zibeline

Alberto Posadas et Michel Petrossian à l'Opéra de Marseille

Entre héritage et nomadisme

Alberto Posadas et Michel Petrossian à l'Opéra de Marseille - Zibeline

Dans le cadre des Matins sonnants du Gmem, l’Ensemble Musicatreize et les musiciens de l’Ircam, jouaient les œuvres d’Alberto Posadas (Voces Nómadas) et Michel Petrossian (Horae quidem cedunt). Ce dernier, sur les images du film de son compatriote Artavazd Pelechian, Les Saisons, signe une musique puissante, très ciselée, avec 12 voix a cappella qui libèrent aussi des sons populaires que le compositeur aurait pu sans doute exploiter davantage, même si les tessitures sont très complexes, de la voix lyrique à la voix plus poitrinée. La première partie s’appuie sur les Géorgiques de Virgile, et des poèmes de Philippe Mahaud. Relais permanents des voix, cris de bergers, appels incessants, le texte en latin semble structurer le discours, croisements, répétitions, tension extrême. Dans une deuxième partie, sur la fuite inexorable des saisons, l’on retrouve des articulations de la Genèse biblique ; bouches fermées, bourdons, phonèmes répétés, extrêmes graves des basses sur les aigus soutenus des soprani. Un final âpre se fait sur la phrase-titre de Cicéron : Horae quidem cedunt (Certes, les heures-saisons disparaissent).

Alberto Posadas a quant à lui composé son œuvre pour 12 voix et un dispositif électroacoustique, sur un de ses textes. Jeu en tuilage hommes/femmes, relayé par les sons électroniques, agitation, bruissement de la nature, sons concrets, tout se mêle. L’informatique se fait vocale, la voix devient synthèse, troublant. Final extraordinaire, voix entremêlées fortissimo. Le traitement informatique se fait en temps réel grâce aux 2 ingénieurs-musiciens de l’Ircam, un clavier-midi Studiologic sur scène servant de relais aux tempi du chef. Un travail de réverbération à convolution par l’Ircam (simulation numérique de la réverbération d’un espace virtuel) donne une sensation de profondeur incroyable, six haut-parleurs diffusant l’ensemble. Roland Hayrabedian, concentré, distille de ses gestes toujours sûrs départs et nuances, avec rigueur et souplesse. Du cycle des saisons de Petrossian aux voix nomades de Posadas, des sons qui fuient, se croisent, s’installent ailleurs pour trouver d’autres identités, se font symboles des réfugiés d’aujourd’hui retrouvant une place, enfin méritée, après tant d’errance pour fuir les dissonances du monde.

YVES BERGÉ
Mars 2018

Les concerts ont été donnés dans le cadre des Matins Sonnants du Gmem à l’Opéra de Marseille le 4 mars

Photographie :  © X-D.R


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