Le Ruy Blas de Victor Hugo mis en scène par Yves Beaunesne au Théâtre du Jeu de Paume

Entre folie et grandeurVu par Zibeline

Le Ruy Blas de Victor Hugo mis en scène par Yves Beaunesne au Théâtre du Jeu de Paume - Zibeline

Yves Beaunesne livre par sa mise en scène une lecture fine et convaincante de Ruy Blas. Victor Hugo voulait fonder un nouveau genre théâtral destiné à élever les peuples par le biais de l’art : le drame qui unit tragédie, comédie et mélodrame. Dans l’Espagne de la fin du XVIIe, Don Salluste (inquiétant Thierry Bosc), disgracié par la reine, ourdit une sombre machination, usant de l’amour pour la reine d’un jeune homme du peuple, son valet Ruy Blas (subtil François Deblock), en le faisant passer pour Don César (truculent Jean-Christophe Quenon) qu’il vient d’envoyer en exil. Avec cette terrible histoire de vengeance sont mis en question les privilèges, on a tous en tête la tirade intemporelle de l’Acte III, scène 2, diatribe puissante que Ruy Blas adresse aux ministres (affublés de masques tirés de Dark Crystal) qui dépouillent le royaume : « Bon appétit messieurs ! / Ô ministres intègre ! / Conseillers vertueux ! Voilà votre façon/ De servir, serviteurs qui pillez la maison !/ (…) Donc vous n’avez ici pas d’autres intérêts / Que remplir votre poche et vous enfuir après !… ».

La scénographie situe l’action sur un plan incliné dont les machineries sont visibles de part et d’autre, les entrées des personnages tenant de l’art d’un Velasquez qui aurait adopté le clair-obscur : ainsi la reine (Noémie Gantier) se découpe immobile telle une apparition dans sa lourde robe d’apparat. Sa naïveté et ses désirs d’indépendance sont restitués par une vision adolescente du personnage (les acteurs ont d’ailleurs l’âge de leurs rôles, ce qui apporte une belle fraîcheur à l’interprétation), face à une duègne (Fabienne Lucchetti) dont le costume et le jeu sont un clin d’œil appuyé à La folie des grandeurs de Gérard Oury et au rôle tenu par Alice Sapritch. Le parti pris de la légèreté, de mêler le burlesque et le sublime, d’ajouter des intermèdes musicaux (Camille Rocailleux) qui ajoutent à la poésie des lumières, offrent un subtil écrin à l’ensemble et accordent une nouvelle profondeur à la pièce, servie avec une irréprochable justesse de ton par tous. L’alexandrin y est porté avec naturel et élégance jusque dans la délicatesse des diérèses. Un petit bijou !

MARYVONNE COLOMBANI
Novembre 2019

Ruy Blas a été donné du 19 au 23 novembre au Théâtre du Jeu de Paume, Aix-en-Provence

Photo © Guy Delahaye

Théâtre du jeu de Paume
17, 21 rue de l’Opéra
13100 Aix-en-Provence
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net/