Une femme et la guerre, deux nouvelles doublées d'un manga, aux éditions Picquier

Entre deux

Une femme et la guerre, deux nouvelles doublées d'un manga, aux éditions Picquier - Zibeline

Objet double que la nouvelle parution aux éditions Picquier, Une femme et la guerre. Selon la manière dont vous ouvrirez le livre, vous aborderez l’œuvre soit par le double texte de Sakaguchi Ango, soit par le manga de Kondô Yôko qui le transcrit avec une fine précision. Les « deux nouvelles-sœurs » de Sakaguchi Ango ont été publiées à la suite de la capitulation japonaise du 15 août 1945. Une première nouvelle fut éditée en octobre 1946, et sa jumelle un mois plus tard sous le titre Une femme et la guerre suite. Pourtant il ne s’agit pas d’une suite mais d’un miroir faussé qui met en regard deux points de vue : la première nouvelle voit l’action par les yeux du personnage principal masculin, Nomura, mais d’une manière distanciée, à la troisième personne, la seconde par ceux du personnage principal féminin qui se dévoile dans l’évidence d’un « je ». Les récits retracent des faits identiques mais leurs interprétations s’opposent. La guerre, omniprésente, est à la fois cadre, justifications des actes, des émotions et des projections de chacun. Sans elle, l’histoire d’amour entre Nomura et « la femme », n’aurait sans doute pas existé, et l’on ignore ce qu’elle peut devenir alors que les deux amants ont survécu. « La femme » a perdu toute capacité à ressentir le plaisir physique après avoir été vendue par sa famille à une maison de prostitution. L’homme s’avère incapable de comprendre cet être dont il partage la vie, il est désorienté par son absence d’émoi et sa fascination pour les combats aériens (on dirait que le texte s’inspire de Fusées d’Apollinaire). La guerre fausse tout dans la relation entre les êtres… Prenez le livre par l’autre bout : lecture manga, donc, l’on commence par la dernière page. Le manga composé par Kondô Yôko tisse les deux textes en un seul mouvement, précis, efficace, et ajoute par la pureté des dessins la part d’enfance qui a échappé aux héros du texte. Un travail précieux qui nous conduit à relire, à comparer ces œuvres qui disent tant sur l’envie de vivre.

MARYVONNE COLOMBANI
Octobre 2019

Une femme et la guerre
Sakaguchi Ango et Kondô Yôko, traduction Patrick Honnoré
éditions Picquier, 16.50 €