Exposition "Images liées" au Château de Servières

Entre deuxVu par Zibeline

• 10 novembre 2020⇒19 décembre 2020 •
Exposition

Après une première collaboration sur l’exposition de dessins Tracé, à l’automne 2018, Martine Robin, directrice du Château de Servières et Josée Gensollen, collectionneuse d’art, se retrouvent en co-commissariat sur une nouvelle proposition, labellisée Manifesta 13 – les Parallèles du Sud : Images liées. Une réflexion déclinée en deux parties et un épilogue (couples, frontières, passages) à partir du thème principal de la Biennale d’art contemporain : Trait d’union(s).Exposition exclusivement composée de 27 vidéos aux formats, modes et espaces de projection variés. L’entrée est occupée par un écran de projection sur pied sur lequel on lit « Elle » et « Lui ». Entre les deux, du texte flouté. C’est Hiroshima mon amour auquel David Lamelas a enlevé « Hiroshima » pour laisser « Mon amour » et les images de Resnais pour projeter le texte des dialogues de Duras, flouté. Accompagné d’extraits de la bande-son, quasi inaudibles. Réduction du film à une sorte de squelette minimaliste, oblitéré, et le couple à un palimpseste se dérobant sans cesse. La fin de l’exposition est une aube : celle qu’a filmée Caroline Duchatelet le 25 mars 2015 dans le couvent de San Marco à Florence. Dans l’obscurité, la lumière du jour apparait et éclaire petit à petit l’Annonciation peinte par Fra Angelico, un rayon lumineux se formant, touchant l’Ange Gabriel puis la Vierge Marie, remplaçant les rais de lumière habituellement représentés dans ce type de peinture. Un « accomplissement du mystère de l’Annonciation par la lumière de la peinture » dit l’écrivain Yannick Haenel, qui a participé au projet. Entre cette fin comme un début et ce début comme une fin, des vidéos d’artistes autour de couples, divers, et de frontières, diverses également, sont diffusées en boucle. Du côté des couples, s’il peut y avoir parfois de la beauté (Marina Abramović, Iván Argote), elle est douloureuse, enfouie dans la mémoire (Evangelía Kranioti, Mona Hatoum). Par contre la violence, sous différentes formes, est quasiment omniprésente. Violence que l’on retrouve du côté des frontières, géographiques, politiques, urbaines, avec des questions de territoires et d’espaces dont se saisissent des collectifs combatifs (Clarisse Hahn, Javier Téllez, Marcos Avila Forero) parfois non dénués d’humour, ou des chevaliers solitaires (Rona Yefman & Tanja Schandler, Moussa Sarr, Daniela Ortiz) au courage rageur, acerbe, caustique. Le tout est présenté dans un accrochage, comme d’habitude au Château de Servières, impeccable.

MARC VOIRY
Novembre 2020

Images Liées
Jusqu’au 19 décembre
Château de Servières, Marseille
0491854278 chateaudeservieres.org

Photo :  Un séjour tout compris (All inclusive Tour) © Michèle Sylvander