Douce France, un film intelligent et optimiste de Geoffrey Couanon, sorti en e-cinéma le 2 mai

Enquête dans le Triangle de GonesseVu par Zibeline

Douce France, un film intelligent et optimiste de Geoffrey Couanon, sorti en e-cinéma le 2 mai - Zibeline

Un documentaire mettant en scène des jeunes du 93 autour de problèmes d’aménagement du territoire, c’est un pitch pas forcément vendeur. Pourtant ceux qui rateraient l’e-sortie de Douce France de Geoffrey Couanon se priveraient d’un vrai plaisir d’intelligence et d’une généreuse rasade d’optimisme. On est à Villepinte dans un territoire modelé par les urbanistes soucieux selon leurs dires de « faire le bonheur » des populations.  « Grands ensembles », « Villes dortoirs » : un court préambule rappelle par des images d’archives les grands projets des ZUP devenues ZAC qui, depuis les années 60 ne cessent de transformer et de bétonner cette plaine de France autrefois agricole et forestière. Des images d’archives en noir et blanc et du projet en maquette, on passe à la couleur, à la vie, au présent, et même au futur. Plans larges des cités, plans rapprochés sur les groupes de jeunes au pied des tours, vue du ciel des toits plats via un drone, zoom vers l’intérieur d’un appartement, approche d’une des protagonistes : le propos du film se donne d’emblée par le mouvement de la caméra et l’échelle des plans. Paysage et intimité, généralité et parcours personnel, élargissement, ouverture des perspectives et recentrage.

Le documentaire s’appuie sur un projet pédagogique interdisciplinaire (Géographie, SVT, SES) mené dans un lycée, en classe de 1ère. Il s’agira de « sensibiliser les jeunes aux enjeux économiques, sociologiques, écologiques et politiques des mutations mises en œuvre sur leur territoire ». Une enquête démarre autour du projet controversé de la création sur le Triangle de Gonesse, du giga parc de loisirs (avec piste de ski !) : EuropaCity.

Dans une des communautés urbaines les plus jeunes, les plus pauvres et paradoxalement les mieux dotées en espaces commerciaux par habitant, où les friches industrielles et commerciales abondent, où on perd chaque année des hectares de terres agricoles, l’opportunité de créer ce parc, en effet, se discute.

Le réalisateur suit trois lycéens : Amina, Sami et Jennyfer dans leur investigation. Amina d’origine afro-portugaise aime le shopping et les grandes surfaces. Déterminée, elle n’a pas la langue dans sa poche. Sami, fils de parents algériens ayant fui les années de plomb, réfléchit beaucoup à son avenir : c’est le « philosophe » du trio. Quant à Jennyfer qui vit avec sa mère venue de Centrafrique, elle rêve de travailler dans la finance. Tous trois vont rencontrer des commerçants inquiets d’une nouvelle concurrence, un céréalier qui voit les terres nourricières se réduire, un couple de maraîchers d’Essonne qui proposent un autre modèle d’agriculture, des militants écolo, des distributeurs bénévoles de paniers bio, des associations anti consuméristes, des élus qui défendent le projet au nom de l’emploi, des parlementaires qui s’y opposent pour la même raison, un agent immobilier qui attend en se frottant les mains une plus value sur les logements. Ces lycéens peu concernés à l’origine par les débats autour d’ EuropaCity, vont prendre conscience des interactions que chaque décision induit, des solidarités possibles et infléchir leurs propres projets d’avenir. Car c’est là l’originalité de Douce France : le réalisateur en fait un documentaire d’initiation !

« On n’est pas sérieux quand on a 17 ans » écrivait Rimbaud mais on est encore ouvert à tous les possibles. On peut s’approprier sans complexe la chanson nostalgique de Trenet et la fredonner comme une promesse d’avenir.

ELISE PADOVANI
MAI 2020

Le film sortira le 2 mai en e-cinéma