La figure emblématique de Fantômas revisitée par l'artiste Pierre Bendine-Boucar au CAC d'Istres

Énigme artistique non identifiéeVu par Zibeline

• 18 avril 2015⇒17 juillet 2015 •
La figure emblématique de Fantômas revisitée par l'artiste Pierre Bendine-Boucar au CAC d'Istres - Zibeline

Au CAC d’Istres, l’icône qui subjugua les surréalistes se rejoue dans des fictions affabulées par Pierre Bendine-Boucar. Fantômas en irréductible portrait.

Dès les premières lignes de leur roman, les auteurs de Fantômas installaient leur créature dans une duplicité interlope : «Fantômas» «Qu’avez-vous dit ?» «J’ai dit Fantômas» «Et qu’est-ce que cela signifie ?» «Rien… Tout !» «Mais qu’est-ce que c’est ?» «Personne… Et à présent, oui, c’est quelqu’un !» «Et que fait ce quelqu’un ?» «Il sème la terreur !». S’inspirant essentiellement du personnage du film de Hunebelle, incarné dans les années soixante par un Jean Marais masqué de latex bleuâtre, Pierre Bendine-Boucar sème au cours des quatre salles du Centre d’art contemporain (et une vitrine en centre-ville) autant d’indices affabulatoires pour tenter de circonscrire l’identité du mythe.

Avec une jubilation manifeste, culminant au dernier étage, l’artiste multiplie les propositions de représentations. Il convoque de nombreux médiums -peinture, vidéo, photographie, wall-painting, dessin, transfert, sculpture, installation…- comme pour conjurer le sort d’une «identité plastique, volatile et mouvante» selon la formule d’Élisabeth Philippe. Le visiteur n’en saura donc pas plus à l’issue de ce parcours. Pas de biographie tangible (malgré une «enfance de Fantômas») ni artefact morbide en figure de cire. D’ailleurs, dès les premiers pas, une vidéo sert d’alerte générique au visiteur. Dans le noir, trois bouches en gros plan (on ne voit pas de visage) donnent leur avis sur la couleur du masque, divergents. Au-delà de la créature de papier et d’encre, de latex et de gélatine filmique, Fantômas conservera son aura énigmatique que cultive Bendine-Boucar en objets artistiques non identifiés. Le fictionnel bat son plein, l’artiste incite à se perdre en conjectures. Un regret cependant : que la dimension transgressive du criminel aristo/dandy ne réapparaisse pas ici, probablement due à l’emprise de l’imagerie imposée par le film d’Hunebelle/Jean Marais. La figure mythique reste un siècle plus tard rétive encore à toute figuration définitive. Juan Gris, Magritte, Yves Tanguy, Yves Klein, Jonathan Meese s’y sont frottés avec plus ou moins de portée. Trop plastique, Fantômas défie aussi le pouvoir de la représentation. Un comble pour un peintre !

CLAUDE LORIN
Mai 2015

No one is Fantômas
jusqu’au 17 juillet
Centre d’art contemporain intercommunal, Istres
04 42 55 17 10
http://www.ouestprovence.fr

Photo : No one is Fantômas, vue partielle © Pierre Schwartz-ADAGP/Paris 2015