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Le film Camille Claudel 1915 de Bruno Dumont vu en avant-première au cinéma Renoir, Aix

Enfermés

Le film Camille Claudel 1915 de Bruno Dumont vu en avant-première au cinéma Renoir, Aix - Zibeline

Évoquer Camille Claudel en cinéma, c’est penser à Isabelle Adjani dans le film de Bruno Nuytten. Mais la Camille du nouveau film de Bruno Dumont, c’est Juliette Binoche. La comédienne, et peintre, souhaitait tourner avec le cinéaste, qui lui a proposé ce rôle de la sculptrice, internée pendant trente ans à Montfavet, dans la «maison des insensés» de Montdevergues.
Premier plan : une femme de dos est conduite au bain malgré sa réticence par deux religieuses. On découvre dans le plan suivant, «Melle Claudel», le visage ravagé. Plus tard,  seule dans une cuisine, elle prépare sa nourriture, craignant qu’on ne l’empoisonne puis agresse un interne qui veut lui faire rejoindre le groupe des jeunes femmes aliénées.
Ces scènes comme les autres, sont inspirées de faits réels, du quotidien de l’artiste qui a sombré dans la folie lorsque Rodin l’a quittée. Bruno Dumont, s’appuyant sur la correspondance, les photos et le journal médical, tournant avec des personnes enfermées et leurs soignants, restitue avec force ce qu’a été la vie de la sculptrice, choisissant de nous faire partager trois jours de sa vie, en 1915, au moment où elle attend une des rares visites de son frère Paul.
Et, à l’exception de vingt minutes où l’on suit Paul Claudel en route pour lui rendre visite, on ne quitte pas Camille qui souffre, pleure, écrit, sourit mais ne sculpte pas, craignant qu’on lui vole idées et œuvres. Juliette Binoche EST Camille Claudel, lui insufflant sa force, son intensité de jeu et sa ferveur : sublime ! Paul Claudel (Jean-Luc Vincent) en illuminé chrétien est terrifiant d’inhumanité, aussi enfermé dans sa foi que sa sœur dans son pensionnat-asile.
Ce film, âpre, sobre, aux dialogues rares, tout en tensions intérieures, nous fait approcher, avec beaucoup d’humanité, la folie, réfléchir sur le statut de l’artiste, sur la solitude et la liberté. Des problématiques au cœur de la manifestation organisée par l’hôpital de Montfavet.

ANNIE GAVA

Mars 2013

Voir entretien avec le réalisateur ici

Le film, soutenu par la Région, a été présenté en avant-première au cinéma Renoir à Aix, le 1er mars, en présence du réalisateur Bruno Dumont. Il sort en salles le 13 mars