Vu par Zibeline

Retour sur le 41ème CINEMED

Enfants au cœur

• 18 octobre 2019⇒26 octobre 2019 •
Retour sur le 41ème CINEMED - Zibeline

Qu’ils étaient doux ces jours de mon enfance, écrivait Nerval. Pas le cas pour ces enfants que plusieurs films en compétition au 41e CINEMED ont placé au cœur, faisant émerger de belles figures de mères et de…pères. Enfant volé qu’on recherche, enfant dont on n’a pas fait le deuil, enfant qu’on veut sauver à tout prix, enfant qui raconte sa dernière journée d’école avant la guerre… Des films forts qui ont enthousiasmé aussi bien les jurys que le public.

Stitches, un enfant volé ?

Ana, couturière à Belgrade vit, mal, avec son mari et sa fille, Ivana (Jovana Stojiljković) ; car elle est persuadée que son fils, déclaré mort-né par l’hôpital où elle a accouché, lui a été volé et qu’il est toujours en vie. Elle mène inlassablement une enquête, de l’hôpital au commissariat, comme étrangère au monde, ce qui crée des rapports difficiles avec sa fille qui lui en veut de préférer ce « frère » disparu. Sa conviction est renforcée quand elle apprend qu’il y a eu des centaines de nouveau-nés « perdus ». La caméra suit cette femme tendue vers un unique but malgré les pressions qu’elle subit, la filmant dans son quotidien, s’attardant sur des gestes récurrents comme celui de remettre en place une statuette sur un buffet ou dans ses trajets où son regard s’attarde sur des adolescents, peut être son fils. Snežana Bogdanović interprète Ana avec beaucoup de retenue et de justesse. Stitches, deuxième long métrage de Miroslav Terzić, inspiré d’histoires vraies, a obtenu, à juste titre, l’Antigone d’Or ex aequo avec Sole de Carlo Sironi. Espérons qu’il trouvera un distributeur !

Madre, un fils retrouvé…

Elena, une jeune femme espagnole, chez elle avec sa mère, reçoit un appel affolé de son fils âgé de 6 ans, en vacances dans les Landes avec son père. Il est tout seul sur une plage. La nuit tombe. Son père, parti récupérer quelque chose à la voiture, n’est pas revenu. L’enfant a peur. Son téléphone est en bout de course. Il ne connait pas le nom du lieu. Un homme s’approche. Elena essaie de le rassurer jusqu’au bout. Tournées en un plan séquence nerveux, ces 20 minutes qui démarrent le 5e long de Rodrigo Sorogoyen et mettent le spectateur dans une tension incroyable, sont, au départ, un court, multi primé. Avec sa fidèle coscénariste, Isabel Peña, il a décidé de camper Elena (Marta Nieto, Orizzonti award de la meilleure actrice à Venise) dix ans plus tard, gérant un bar de plage, déambulant sur le rivage, souvent filmée en grand angle, regardant des adolescents de l’âge qu’aurait son fils. Un jour, elle croise Jean et tout bascule. Si cette deuxième partie n’a pas la même intensité, on suit avec intérêt la quête de cette femme qui n’avait pas fait le deuil de son fils et que la rencontre avec cet adolescent va transformer. Le Jury de CINEMED lui attribué la Mention Spéciale. Le film sortira en salles le 22 avril*.

Un Fils, un enfant sauvé ?

La vie est belle pour cette famille de bourgeois tunisiens en cet automne 2011. Repas à la campagne avec des amis. On trinque, on rit. La mère, Meriem, vient d’être promue DRH de toute la région. Il y a bien quelques mouvements sociaux mais le père, Farés, emmène sa femme et son fils de 9 ans, Aziz, pour quelques jours dans le sud tunisien. Routes sinueuses ; à un tournant, leur voiture est prise pour cible. Aziz est gravement blessé et hospitalisé à Tataouine. Il faut lui greffer un rein, il est le 19e sur une liste d’attente. À partir de là s’engage une véritable course contre la montre, d’autant plus que des résultats médicaux inattendus vont bouleverser le couple. Farés se trouve confronté à des choix moraux terribles comme recourir à un don d’organes illégal et criminel. Il est admirablement interprété par Sami Bouajila, un rôle qui lui a valu l’Orizzonti award du meilleur acteur et, face à lui, Najla Ben Abdallah campe, tout en nuances, une femme confrontée à son passé et à un présent douloureux. Filmé sobrement, en caméra portée par Antoine Héberlé, Un Fils, premier long de Mehdi M. Barsaoui, est un film sur le couple, la filiation et l’amour qui nous embarque dans un voyage au fond de nous-mêmes. Il sort le 11 mars en France.

1982, un souvenir d’enfance

Une école, une salle de classe vide. Un enfant va vivre sa dernière journée d’école avant la guerre. On est à Beyrouth et Wissam (Mohamad Dalli) veut déclarer son amour à sa petite camarade de classe, Joanna. L’attaque israélienne se prépare. Dans ce premier long qu’il a mis huit ans à réaliser, Oualid Mouaness retrace ce souvenir d’enfance, l’invasion de sa ville par les troupes israéliennes et choisit de le raconter avec les yeux de l’enfant. Les adultes sont conscients de cette tragédie qui arrive, en particulier l’institutrice, Yasmine, (Nadine Labaki) répétant « Que chacun se concentre sur son examen » alors que des avions zèbrent le ciel et que le conflit affecte sa relation amoureuse au sein de sa propre famille. Oualid Mouaness fait revivre dans ce film délicat et humaniste une période charnière, une enfance dans un Liban multiculturel qu’il espère retrouver un jour. 1982, qui n’a pas encore de distributeur, a obtenu le Prix étudiant de la première œuvre.

ANNIE GAVA
Novembre 2019

Le 41e Festival Cinéma méditerranée Montpellier s’est tenu du 18 au 26 octobre

Photo : Madre © Le Pacte


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