Une fois de plus la trajectoire impeccable du dernier Dubois fait mouche...

Enfant de la balle

Une fois de plus la trajectoire impeccable du dernier Dubois fait mouche... - Zibeline

La pelote basque deviendrait-elle « tendance » ? Un film espagnol présenté à Cannes l’an dernier  Jaï alaï Blues  puis ce roman très médiatisé – sort réservé à chaque parution d’un nouvel opus de Jean-Paul Dubois– remettent en scène une activité sportive traditionnelle qui loin du Ramuntcho de Pierre Loti s’est répandue outre atlantique sous sa forme professionnelle et spectaculaire via la diaspora hispanique ; c’est en Floride, à Miami plus précisément que se coulent les derniers (ou premiers d’ailleurs) jours heureux du pelotari Paul Katrakalis entre « mi-novembre 1983 et le 20 décembre 1987 ». Cesta punta, jaï-alaï, chistera, quiniela…la précision documentaire un brin exotique et le goût du bien-nommer de notre auteur ancien journaliste sont facilement repérables comme son attachement – pardon, celui de ses personnages- à l’esprit sinon à l’âme des choses : la Karmann Ghia 1961 du narrateur a le plancher qui flanche, la Triumph Vitesse MK2 de 1969 a quelque chose du berceau-tombeau (sa mère s’y est achevée au monoxyde de carbone, son père a photographié le compteur de vitesse arrêté sur 77777 pour signifier sa disparition prochaine) aussi bien que de la métaphore petit-bolide de la narration ciblée de Jean-Paul Dubois «… j’avais décidé de revenir à l’origine. Je connaissais les routes qui y menaient, la Triumph aussi, qui roulait avec un certain contentement, satisfaite de ses réglages et du débit parfaitement calibré de ses deux carburateurs SU à bain d’huile.» Voilà tout est bien, très bien dit et la tragédie peut aller bon train sur le Vieux Continent, dans la cité de Toulouse où la famille au patronyme grec – des médecins et des horlogers- se suicide méthodiquement de génération en génération ; le pelotari mélancolique revient au bercail avec son chien sauvé de la noyade (on ne sait pas pourquoi mais ça vous campe un personnage !) régler la Succession et se retrouve pris dans l’ombre et la lumière du déterminisme que l’auteur traite de manière pittoresque, piquante et néanmoins poignante (une lamelle du cerveau de Staline conservée dans le formol par- ci, des carnets noirs à la comptabilité doucement macabre par- là) ne lésinant pas sur les variations de registre dans cette écriture de proximité qui fait de Jean-Paul Dubois le plus américain des écrivains français. On allait oublier de préciser que l’émotion douce est aussi de la partie et qu’à partir de la page 228 on a très envie que la pelote qui voyage «au tiers de la vitesse du son»  amoureusement confectionnée de tant de couches romanesques n’aille pas s’écraser contre le mur ! Pas d’inquiétude : la dextérité de Jean Paul Dubois est infaillible !

MARIE JO DHO
Novembre 2016

La Succession
Jean- Paul Dubois
Editions de l’Olivier 19€