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Vu par Zibeline

Le bruit des os qui craquent, réalité insoutenable des enfants soldats et spectacle exceptionnel

Enfance et carnage

• 4 décembre 2015 •
Le bruit des os qui craquent, réalité insoutenable des enfants soldats et spectacle exceptionnel - Zibeline

« Les mots de la bouche ne peuvent pas tout raconter. Ils sont trop près de la haine et de la vengeance. » « Le fusil tue le corps de celui qui a peur, et l’âme de celui qui le porte. » Ces phrases sont celles d’Elikia, une enfant soldat de 13 ans. Capturée à 10 ans par les rebelles, qui ont tué son père, son frère, l’ont obligée à mettre le feu à sa maison. « A brûler les dix premières années de ma vie. »

Elikia est un personnage, né sous la plume de Suzanne Lebeau, une auteure québécoise. Son œuvre, Le bruit des os qui craquent, est un texte brutal et sensible. Marie Levavasseur et sa compagnie Tourneboulé en ont livré, au Théâtre Durance de Château-Arnoux, une adaptation exceptionnelle, devant une salle comble.

Le plateau est jonché d’une sorte de cendre et de copeaux. Quelques souches d’arbres, un panneau vitré. Angelina est en scène, le murmure de ses pensées sonne en écho. C’est l’infirmière qui a recueilli Elikia et Joseph, après leur longue fuite à travers la forêt. L’obscurité tombe. Une musique stridente retentit, une lampe torche tourne menaçante jusqu’au-dessus des spectateurs. Les effets visuels et sonores, à la fois subtils et agressifs, ne cesseront plus.

Apparaissent les deux enfants et toute la violence de leur vie. Les mots sont parfois insoutenables de cruauté, d’atrocité. Elikia, fusil en main, est dure comme l’acier. Ses cauchemars sont peuplés de bébés qui naissent avec des armes à la place des bras. Dans ce rôle, Lisa Hours dévore l’espace par l’intensité de sa présence. Baptiste Toulemonde porte toute l’innocence des 8 ans de Joseph. A ses côtés, la carapace d’Elikia se brise parfois, par ce « sentiment d’avoir retrouvé un petit frère, qui me remplissait d’une étrange douceur. »

Fanny Chevallier, l’infirmière, nous conte l’histoire de cette petite. Avec délicatesse et émotion, en parallèle contrasté à la guerrière aux aguets qui avance dans la nuit noire. Son récit se mêle aux mots d’Elikia, consignés dans un cahier, lors de son séjour à l’hôpital, quand elle accepta enfin de prendre pour arme un stylo.

Impossible de sortir indemne de ce spectacle. Elikia signifie « espérance », nous apprend la jeune fille. Peu importe que ce soit authentique. C’est vrai.

JAN-CYRIL SALEMI
Décembre 2015

Le bruit des os qui craquent a été joué le 4 décembre au Théâtre Durance à Château-Arnoux/Saint-Auban

Photo : Lisa Hours – Le bruit des os qui craquent © Fabien Debrabandere

 


Théâtre Durance
Avenue des Lauzières
04160 Château-Arnoux-Saint-Auban
04 92 64 27 34
http://www.theatredurance.fr/