En plein airVu par Zibeline

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Ayant pris ses quartiers d’été au sommet de la Tour Royale, le Festival estival de musique de Toulon nous a gratifiés de concerts copieux avant le point d’orgue de sa programmation qui se tiendra à la collégiale le 16 juillet. C’est Philippe Cassard qui, suivant les traces ouvertes par l’Orchestre symphonique de l’opéra le 29 juin, s’est emparé du lieu piano et microphone à la main le 4 juillet, pour une prestation lumineuse autour d’un programme consacré à Schubert d’une part et à Debussy de l’autre. L’exercice qui consistait à fournir aux auditeurs des explications pédagogiques et très convaincantes, extraits audio à l’appui, autour des œuvres interprétées donnait au concert une touche chaleureuse idéalement servie par la voix douce et très radiophonique de l’interprète qui fut néanmoins gêné dans sa prestation par une humidité excessive du clavier, due à la proximité de la mer, handicapant parfois son phrasé. Le programme fut malgré ce petit bémol interprété avec une justesse de touché remarquable, mettant en parallèle la liberté d’écriture des 4 impromptus D.935 du viennois et celle d’œuvres aussi incontournables que La Cathédrale engloutie, Jardins sous la pluie, Reflets dans l’eau ou L’Isle Joyeuse, plus symbolistes qu’impressionnistes : à cette occasion on ne put que constater l’importance de Chopin dans l’écriture pianistique debussyste !

C’est enfin Laurent Korcia qui s’est produit le 10 juillet en compagnie de brillants solistes (Anne-Sophie Le Rol, Aurélie Deschamps, Tomomi Hirano) dans un répertoire mêlant le baroque au contemporain. Cette fois, c’est le vent qui fût l’invité de dernière minute et vint rompre la continuité du discours musical obligeant les instrumentistes à rivaliser d’ingéniosité pour accrocher leurs partitions. Même si en termes de virtuosité et de musicalité aucun des interprètes n’était en reste techniquement, les interruptions firent perdre à l’ensemble de concertos Les 4 saisons le souffle et la vivacité pourtant indispensables à l’œuvre de Vivaldi. Néanmoins, la deuxième partie du concert consacrée à des duos, à l’exception d’un Tango de G. Bregovic, fut une occasion unique pour le soliste au stradivarius d’exprimer avec ferveur toute la sensualité de son jeu dans un répertoire aussi savant que divertissant : d’abord épaulé par l’excellente Ryoko Yano au violon dans Bartók (déjà éblouissante en première partie), il fut ensuite rejoint par Vincent Peirani à l’accordéon : que ce soit dans d’autres pièces du Hongrois, de Piazzolla, de Kreisler ou de la plume du violoniste, cet interprète au style fluide lui donnait la réplique idéale, clôturant ce programme généreux de fort belle manière.

ÉMILIEN MOREAU

juillet 2012