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Lybia : A Human Marketplace de Narciso Contreras, témoignage photographique glaçant du trafic d’êtres humains en Lybie

« En Lybie, les morts sont légion »

Lybia : A Human Marketplace de Narciso Contreras, témoignage photographique glaçant du trafic d’êtres humains en Lybie - Zibeline

Un mois avant son exposition Lybia : A Human Marketplace à l’Hôtel de l’Industrie à Paris (25 octobre – 13 novembre), Narciso Contreras a reçu le 7e Prix Carmignac du Photojournalisme au festival Visa pour l’image 2016 à Perpignan. Outre l’organisation de cette exposition itinérante, le photographe mexicain a bénéficié de l’édition d’un livre monographique. Un coup de projecteur salutaire sur son travail sur la crise migratoire, sur « l’esclavage moderne et le trafic d’êtres humains » en Libye cinq ans après la chute de Kadhafi. Sur le terrain de février à juin 2016, Narciso Contraros témoigne de la situation actuelle de la Lybie : « une place forte du trafic humain où réfugiés et demandeurs d’asile sont quotidiennement achetés et vendus ». Les photographies couleurs imprimées en pleine page, courant sur la page en vis-à-vis, voire même déclinées en triptyque, disent le quotidien des centres de détention. Cela tient du cauchemar et de l’enfer sur terre. Le photojournaliste ne fait ni dans le spectaculaire ni dans le sensationnel mais dans la réalité, froide, et ses textes en cartels adoptent une identique sobriété. Une plage de sable ensoleillée, un ciel bleu dominant, au premier plan des sacs mortuaires entassés, et cette légende : « Corps de migrants décédés rassemblés sur la côte de Zuwara par un groupe paramilitaire et alignés pour être enterrés dans une fosse commune improvisée à Abu Kammash, dans l’ouest de la Lybie ». Sur la peau des migrants, des traces de coups ; sur les visages, les stigmates de l’épuisement. Ils meurent dans l’indifférence générale, comme ces cadavres allongés dans la morgue de Sabha « après avoir été récupérés dans les rues et dans le désert ». Cartes à l’appui où sont mentionnés les routes du trafic et les noms des camps, le travail du mexicain laisse sans voix. Le texte qu’il cosigne avec Ela Stapley également : « La Lybie a courbé l’échine et a laissé les milices prendre le pouvoir. Les histoires de vies brisées se mêlent dans ce pays déchiré ». À l’heure où la Syrie se meurt, la Lybie est déjà morte. Les photographies de Narciso Contreras sont là pour nous empêcher de fermer les yeux.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Janvier 2017

Lybia : A Human Marketplace
Narciso Contreras
Bilingue français-anglais, Skira, 2016, 45 €