La Gioia cérémonie bouleversante par Pippo Delbono

En lutte pour la joieVu par Zibeline

La Gioia cérémonie bouleversante par Pippo Delbono - Zibeline

La venue de Pippo Delbono à Marseille est toujours un événement, et rarement le Zef aura connu files d’attentes aussi démesurées qu’en cette première de La Gioia. « Ce spectacle renaît de la mort de Bobo. Il pourrait s’appeler Un chemin vers la joie, car il y a beaucoup de trous noirs dans ma tête », nous annonce en préambule le metteur en scène. Avec la mort de Bobo en février dernier, comédien microcéphale et sourd muet, présence emblématique de la compagnie, le rideau se referme sur un pan essentiel de son histoire. Et c’est toute une farandole de personnages qui se succède pendant 1h20 pour lui rendre hommage. Seul au milieu d’un carré de pelouse, Delbono papillonne de la folie au partage, de l’absolution par l’art à l’évocation des migrations sans retour. Il égrène micro contes initiatiques et souvenirs fondateurs -la complicité avec Bobo, rapté il y a une vingtaine d’années de l’asile où il se morfondait ; la rencontre avec Nelson, vagabond devenu sédentaire ; Pepe, réfugié argentin ou encore Gianluca, le jeune voisin trisomique… Autant de présences brutes sur le plateau qui composent cette atypique famille artistique, autant de remparts contre une folie supposée, incarnée par de successifs avatars -apparitions stroboscopiques, danseuse de tango, comédien encagé, avalanche de fleurs… Le cirque est omniprésent, Panthéon intime et moteur créatif de la troupe ; le clown blanc convoqué comme stratagème de consolation. La voix apaisante de Delbono, sa prestance, agissent comme un onguent, faisant naître la joie par bribes, quand le vide parait béant. Avec ou sans Bobo, son théâtre reste dense, saturé d’émotions quasi palpables, en prise avec des pulsions archaïques. « La Gioia est un spectacle difficile, qui oblige chaque soir à retraverser la douleur. En tant que maître de cérémonie, je dois rester lucide, éviter les larmes pour ne pas verser dans le psychodrame pathétique », confiait le metteur en scène lors de la rencontre bord de plateau. Auto proclamée messe laïque, La Gioia atteint son but : une cérémonie bouleversante et chamarrée, forcément excessive parfois, comme le sont les émotions qui nous ravagent devant les disparitions irrévocables.

JULIE BORDENAVE
Décembre 2019

La Gioia jouait les 3 et 4 décembre au Zef, Marseille, et les 6 et 7 décembre au Théâtre de Sète

Photographie : La Gioia © Luca Del Pia

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