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La saison est en marche au GTP : la Junge Deutsche Philharmonie ouvre la voie avec Jonathan Nott

En avant…où ?

La saison est en marche au GTP : la Junge Deutsche Philharmonie ouvre la voie avec Jonathan Nott - Zibeline

Mû par une force irrésistible, L’homme qui marche de Rodin, symbolise l’idée de mouvement, de création pure,  sorte de métaphore poétique du choix de l’inéluctable. Haydn et Beethoven avaient cette même force de conviction, cette conscience aiguë de bâtir quelque chose de neuf, en route vers un monde meilleur. Et la filiation Haydn / Beethoven est flagrante dans la mise en paradigme de la Symphonie n°44 du premier et la troisième du second, Héroïque, on le sait! À coups d’accents, d’oppositions d’intensités, de déplacements de masses sonores, Haydn, avec une écriture d’une vitalité et d’une énergie débordantes, dépoussiéra la Symphonie classique et ouvrit la voie pour le jeune Beethoven. Jonathan Nott, chef admirable, fin, intelligent, à la tête de la Junge Deutsche Philharmonie, étonnante de maturité, -sonorité souple et dense, précision technique irréprochable-, a percé les arcanes de ces pièces pour en proposer une vision novatrice d’une extrême sensibilité; virevoltant sur son piédestal, aérien, le maestro sut tirer de ce jeune ensemble le meilleur. En atteste la prestation magique de ces interprètes dans le magistral Concerto pour violon de Ligeti. Emmenés par un violoniste de génie, Pekka Kuusisto, poète du sonore, funambule de l’extrême, les musiciens sont rentrés de plein corps dans cette œuvre « chamanique », inspirée, cosmique. Cette pièce,  syncrétisme de styles et d’esthétiques différents, appartient à un monde autre, hymen d’une construction diabolique et d’une poésie immense; contemporaine du Concerto pour piano, on y reconnaît cette obsession du compositeur hongrois pour la complexité polyphonique, créant des combinaisons sonores nouvelles par l’association et la superposition d’ostinatos. Son autre obsession, présente depuis la fin des années cinquante, d’invalider l’opposition entre statisme et mobilité, est au cœur de ce concerto hautement virtuose : dans une oscillation permanente, des timbres inouïs surgissent, les ocarinas se mêlant aux timbres feutrés des cuivres. De ce mouvement perpétuel émerge un ailleurs qui nous touche au plus profond de notre âme ; alors le compositeur devient théurge…

CHRISTOPHE FLOQUET
Septembre 2016
Junge Deutsche Philharmonie au GTP, Aix-en-Provence, le 15 septembre.

Photographie Junge Deutsche Philharmonie © Achim_Reissner


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