« Marcher la vie, un art tranquille du bonheur » de David Le Breton est paru aux Éditions Métailié

En avant, marche !

« Marcher la vie, un art tranquille du bonheur » de David Le Breton est paru aux Éditions Métailié - Zibeline

C’est peu dire que, pour David Le Breton, la marche est une passion. Il la pratique, il se nourrit des récits de marcheurs célèbres, il la vit, il la pense. Régulièrement. Obstinément. Vingt ans après son Eloge de la marche, huit ans après Marcher, le sociologue y revient avec Marcher la vie, dont le sous-titre Un art tranquille du bonheur révèle la portée philosophique d’une activité au succès croissant, et à laquelle de longues semaines de confinement ont certainement donné une saveur renouvelée. Dans une société de plus en plus assise, rivée à ses écrans, rien ne vaut la marche pour « remettre les pieds sur terre » (au sens propre comme au figuré), pour retrouver sa véritable place et parfois redonner un sens à sa vie.

Ce nouvel essai, qui ne coûte pas plus qu’un livre de poche, est placé sous le signe de Michaux et de Rimbaud, deux maîtres en vagabondage. Il se décline en treize chapitres brefs, comme autant de brèves échappées. Le Breton y évoque les plaisirs, mais aussi les difficultés (voire les dangers) du voyage à pied ; il y raconte les chemins de traverse, les paysages palimpsestes de l’humanité, les pèlerinages… ; il rappelle également les vertus thérapeutiques de la marche. Car la marche guérit, de la maladie, de la marginalité et de la délinquance, de la routine et du soi quotidien. La marche comme « sas pour disparaître de soi de manière heureuse », afin de s’ancrer dans l’espace et dans le temps du parcours. Et les chemins, « incises d’humanité », comme ultime vérité. Ainsi, Marcher la vie, fourmillant de formules frappantes, riche des nombreuses anecdotes tirées de l’expérience personnelle de Le Breton ou de celle d’illustres randonneurs – Rousseau, Stevenson, Thoreau, Beauvoir et bien d’autres – ouvre des voies… Des sentes où le lecteur chemine à l’aise, ravi de retrouver parfois, au détour d’une phrase, les sensations, les impressions, les réflexions fugaces qu’il a pu expérimenter lui-même. Et quand il referme le livre, plutôt que de plonger dans l’abondante bibliographie proposée à la fin (on verra ça plus tard), il lui prend plutôt l’envie d’enfiler ses chaussures et de partir en balade, là, tout de suite.

FRED ROBERT
Juin 2020

Marcher la vie, un art tranquille du bonheur
David Le Breton
Éditions Métailié
Collection Suites, 10 €