Deux jours consacrés aux déchets et à l'alimentation au MuCEM : un état des lieux en Méditerranée alarmant

Empoisonner le mondeVu par Zibeline

Deux jours consacrés aux déchets et à l'alimentation au MuCEM : un état des lieux en Méditerranée alarmant - Zibeline

C’est l’inquiétude au cœur que l’on est sorti du MuCEM après deux jours consacrés à l’économie des déchets, et à l’alimentation en Méditerranée. Deux points névralgiques, dont on ne sait plus que faire pour qu’ils soient pris en compte à la mesure de leurs enjeux environnementaux et sociaux. Sur toutes les projections, dans les décennies à venir, l’Afrique -notamment subsaharienne- va prendre de plein fouet le retentissement du réchauffement climatique, avec son cortège de famine, d’exodes, de maladies et de guerre. Qui croit encore, à l’ère de la mondialisation, que l’Europe ou la Méditerranée seront épargnées ? La terre s’empoisonne, la mer véhicule des continents de plastique : est-ce parce que cela se répand sous l’eau, à l’abri des regards, que l’on continue à acheter des produits sur-emballés, bourrés de pesticides ?

Le premier jour, à l’invitation de l’Institut Méditerranéen des métiers du patrimoine, on a eu l’occasion d’apprendre bien des choses intolérables, mais surtout que chaque décision compte, quelle que soit son échelle… et qu’on en paye les conséquences, exorbitantes, bien des années plus tard. Ainsi à Marseille, d’après Isabelle Poitou, tous les déchets entraînés par les eaux pluviales partent directement à la mer, car seul le centre ville est raccordé à la station d’épuration. Les élus ont «complètement raté l’intérêt du recyclage», selon Pierre Godard1, éboueur. Au point qu’il est parfois très difficile de revenir en arrière ou de trouver des alternatives.

Pourtant, des initiatives sont nées, visant à l’action concrète. Certaines ont été évoquées lors de la seconde journée, consacrée à l’alimentation. De l’avis général, il est temps qu’elles convergent : états, collectivités, décideurs, techniciens, chercheurs, entreprises, associations et chaque individu devraient mesurer l’urgence de la situation et se remonter les manches. Sur tous les fronts, en s’adaptant aux impératifs locaux, il va falloir se battre. Pour répondre à la croissance démographique, qui implique une demande alimentaire supplémentaire, sans recourir à l’agriculture intensive qui ruine la biodiversité. Il faut rendre la terre aux paysans, soutenir les exploitations familiales. Faire plier la grande distribution, limiter le gaspillage, rappeler aux élus que leur mission est de défendre l’intérêt général et non celui des lobbys. Surtout, éviter que le marché ne digère toutes ces bonnes intentions, comme il l’a fait en développant d’immenses serres estampillées «bio» à Almeria en Espagne, une vraie aberration écologique. Le chantier est vaste, choisissons nos outils. Et si l’on ne s’y met pas tous, pauvre de nous.

GAËLLE CLOAREC
Février 2015

1 Il est l’auteur, avec André Donzel, de Éboueurs à Marseille Luttes syndicales et pratiques municipales, paru en 2014 aux éditions Syllepse

Le séminaire L’économie des déchets et du recyclage en Méditerranée s’est tenu au MuCEM le 30 janvier, la journée consacrée à L’alimentation en Méditerranée face aux défis de la mondialisation le 31. Ces deux journées ont également donné carte blanche aux Journées du Film sur l’Environnement pour une programmation cinéma.

Photo : Jean-Noël Consales, Jean-Louis Rastoin, José Bové et Jean-Luc François -c- Gaëlle Cloarec

Mucem
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