Émotion avec LaurenceVu par Zibeline

 - Zibeline

En gros plans, des hommes, des femmes dans une rue. Ils regardent passer quelqu’un, hors champ, silhouette de dos qu’on ne verra de face que deux heures trente plus tard. Car le dernier film de Xavier Dolan, Laurence Anyways, est construit par flash-back. Dix ans plus tôt, en 1989, cette femme, Laurence Alia, écrivain célèbre qu’on découvre lors d’une interview, était un homme (Melvil Poupaud), brillant professeur de littérature, amoureux de sa copine, Fred, débordante de vie (remarquable  Suzanne Clément prix d’interprétation Un certain regard). Ensemble, ils jouent à établir «la liste des choses qui leur enlèvent un peu de plaisir». Le jour de son anniversaire, elle lui offre un voyage à New York ; il lui annonce qu’il «ne vit pas pour de vrai», qu’il s’est toujours senti femme. Fred va l’accompagner d’abord sur cette longue route qui passe par le travestissement, les premières transformations physiques, son exclusion du cegep de Montréal où il enseigne, les agressions physiques dans la rue. Quand Fred «craque», que sa mère (Nathalie Baye) que rien ne surprend, le rejette, c’est auprès d’un clan de travestis, les Five Roses, qu’il se réfugie, personnages hauts en couleurs, très kitsch… Et la vie poursuit son cours avec son lot de doutes, de déchirements, de ruptures, de réconciliations entre ces deux êtres qui s’aiment.

Le film de ce réalisateur de 23 ans est un vrai plaisir pour les yeux ; les plans sont construits comme des tableaux et regorgent de trouvailles : une brique peinte en rose sur une maison bourgeoise de Trois-Rivières, une pluie de vêtements colorés sur un chemin enneigé de l’Île au Noir, un orage de feuilles mortes…Et pour les oreilles ! Une trentaine de morceaux : de Fever Ray, Craig Armstrong, Oxygène, Diane Dufresne, à Brahms ou Beethoven…

Peut être Xavier Dolan aurait-il dû, vers la fin, resserrer un peu son film ? Mais il nous entraîne dans un tourbillon d’émotions, de lumières, de couleurs, de sons, de  rythmes et de mots. Chapeau bas !

ANNIE GAVA

Juillet 2012

 

Ce film a été présenté en avant-première le 29 juin, au cinéma Les Variétés en partenariat avec TOUS & GO et sortira en salle le 18 juillet

Cinéma Les Variétés
37 rue Vincent Scotto
13001 Marseille
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