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Mademoiselle de Joncquières d’Emmanuel Mouret, qui adapte Diderot avec succès

Emmanuel Mouret signe ses Liaisons dangereuses

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Mademoiselle de Joncquières d’Emmanuel Mouret, qui adapte Diderot avec succès - Zibeline

« Si aucune âme juste ne tente de corriger les hommes, comment espérer une meilleure société ? » C’est forte de cette conviction que Madame de la Pommeraye entreprend de se venger du Marquis des Arcis, qui l’a séduite puis abandonnée, comme on le lui avait prédit. Son châtiment s’avère pour le moins pervers : en grimant une jeune prostituée dans le besoin, Mademoiselle de Joncquières, en dévote réticente à toutes les tentatives du marquis, Madame de La Pommeraye entend prouver l’éternelle faiblesse du cœur des libertins face au simulacre de la vertu.

La trame est familière, de même que la photographie splendide de Laurent Desmet, marquée par les tableaux de Fragonard. Dans Mademoiselle de Joncquières, dernier film d’Emmanuel Mouret, on n’est jamais loin des Liaisons Dangereuses et leur adaptation canonique par Stephen Frears. Cette parenté transparaît également dans le choix des violons baroques de Vivaldi et Bach ou dans la symbolique des splendides costumes de Pierre-Jean Larroque. La toilette jaune et le sourire carnassier de Cécile de France face à sa jeune débutante fait ainsi ressurgir le souvenir de Glenn Close en Merteuil vengeresse, quand sa robe blanche évoquait, quelques scènes auparavant, la silhouette immaculée de Tourvel … Pourtant, si le dispositif, emprunté à Jacques le Fataliste, n’est pas sans rappeler celui de Laclos – Les Liaisons Dangereuses ayant été publié deux ans avant le roman de Diderot – il trouve chez Mouret un nouvel écho.

Le marquis, campé avec un naturel et un goût du ridicule réjouissants par Édouard Baer, n’a rien d’un Valmont : il demeure solaire, porté par une quête d’absolu qui ne peut le rendre que sympathique. Cécile de France tire habilement parti de son aura de fille sympathique : sa Madame de Pommeraye déploie derrière son sourire de façade et une théâtralité dissonante des trésors de férocité. Le reste de la distribution – Laure Calamy, Alice Isaaz dans le rôle-titre et Natalia Dontcheva – trouve également un bel équilibre entre la très belle langue de Diderot, à peine retouchée par le scénario, et une vraie modernité de jeu. À cette réussite de la langue s’adjoint un mariage tout aussi concluant entre le penchant pour le marivaudage volubile de Mouret et une profondeur morale à laquelle ses précédents films ne se risquaient pas avec autant de succès. De quoi attendre de pied ferme les prochains opus du cinéaste marseillais !

SUZANNE CANESSA
octobre 2018

Mademoiselle de Joncquières, de Emmanuel Mouret, 1 h 49

Photo : Mademoiselle de Joncquières, d’E. Mouret © Pyramide distribution