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Critique du 2ème long métrage de Lea Fehner, les Ogres, à voir en avant première à Marseille

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• 3 mars 2016, 16 mars 2016 •
Critique du 2ème long métrage de Lea Fehner, les Ogres, à voir en avant première à Marseille - Zibeline

Des images qui découpent l’espace, les corps en de superbes effets de lumière,  de la musique, des chants, des applaudissements, une parade joyeuse, une acrobate toute de rouge vêtue au faîte du chapiteau, une plume rouge qui oscille entre ciel et terre , une caméra qui virevolte, la représentation commence par …une chute ; avant que ne s’inscrive, en lettres rouges, le titre du nouveau long métrage de Léa Fehner : Les Ogres, un film qui nous emporte, avec bonheur,  durant deux heures, ailleurs, dans un autre espace-temps, celui du théâtre et du cinéma.

Les ogres, ce sont les personnages de ce film, ses parents, qui jouent leur propre rôle, François Fehner, le directeur de la troupe itinérante du Dawai Théâtre et Marion Bouvarel, qui ne supporte pas le retour de Lola (Lola Dueñas.) venue remplacer l’acrobate blessée, une ancienne amante de son mari. C’est aussi Mona (rayonnante Adèle Haenel), prête à accoucher et qui essaie de vivre sa relation avec Mr Deloyal (Marc Barbé) dépressif, qui boit pour oublier la mort de son fils. Ou Inès Fehner  qui a soif de reconnaissance et doit partir avec ses trois enfants pour exister. Et tous les autres, autour de François, sa tribu, qui partagent tout, repas, fêtes arrosées, enfants, dans la même énergie, pour que chaque soir, dans un village, sur une place ou une plage, se joue Le Cabaret Tchekhov. La caméra virtuose de Julien Poupard, nous entraine, souvent en plans séquences colorés, au cœur des représentations, dans les coulisses du théâtre ou de la vie de ces ogres, exubérants, excessifs parfois. Elle sait se faire discrète quand, découragés, à bout, ils essaient de panser leurs blessures ou simplement de s’expliquer, de se parler.

Lea Fehner, qui s’est inspirée de son vécu d’enfant de comédiens itinérants dans les années 90- François Fehner dirige la troupe de l’Agit– a mis ainsi en scène aussi bien le travail du théâtre que celui du cinéma, l’utopie du vivre ensemble et ses impasses, la valse des relations, les jalousies, le temps qui passe, alternant scènes jubilatoires comme la bataille de couscous au restaurant, le réveil en compagnie de vaches, ou scènes terribles de cruauté comme la mise aux enchères de Marion ou encore, moments intimes très doux comme la soirée où Mr Déloyal quitte la tribu pour aller voir son ex-femme et lui confie son angoisse de devenir père à nouveau.

A la fin du film, quand, après avoir démonté le chapiteau en musique, la troupe reprend la route, c’est en fredonnant la chanson de Philippe Cataix, Une femme…que l’on sort de la salle de cinéma, embarqués nous aussi dans ce tourbillon, regrettant presque de quitter la tribu.

ANNIE GAVA
Février 2016

Le film a été en avant-première au cinéma Les Variétés à Marseille Mercredi  2 mars à 19h30 en présence de Léa Fehner.

Vous pouvez lire un entretien de la réalisatrice sur Web Radio Zibeline

Il sortira en salles le 16 mars

Photo © Pyramide films


Cinéma Les Variétés
37 rue Vincent Scotto
13001 Marseille
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