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Belle réédition du livre de Tanizaki, L’éloge de l’ombre, chez Philippe Picquier

Éloge ou louange, l’ombre célébrée

Belle réédition du livre de Tanizaki,  L’éloge de l’ombre, chez Philippe Picquier - Zibeline

Réédité en janvier par Picquier, Louange de l’ombre de Jun’ichirô Tanizaki (1886-1965) paraît dans une nouvelle traduction de la poétesse et traductrice Ryoko Sekiguchi, et du traducteur de BD et de littérature japonaises Patrick Honoré qui lisent avec un regard neuf ce qui fut longtemps considéré comme son chef d’œuvre et parut en France en 1977 sous le titre Éloge de l’ombre. Une différence sémantique qui prend tout son sens à la lumière de cet indice historique : l’opuscule est né après que l’écrivain japonais eût quitté la trépidante Tokyo pour la région traditionnelle du Kansai. Un bouleversement personnel et littéraire vécu comme une révélation – et un apaisement – par l’auteur de la nouvelle « fantastique et cruelle » Tatouage, du recueil Le Diable et de L’amour d’un idiot. Autant d’ouvrages de jeunesse qui provoquèrent le scandale, attirèrent les foudres de la critique et lui collèrent l’étiquette d’auteur sulfureux ! Éloge, ou louange, le livre n’est pas de cette veine scandaleuse. Il ne cesse de nous interroger sur ce que nous perdons à emprunter aux autres à une époque de profonde mutation : celle du modernisme occidental après lequel son pays, selon lui, courait à cent à l’heure. Pour appuyer sa démonstration, Tanizaki cite de nombreux exemples triviaux, comme l’usage des toilettes, ce lieu conçu « pour la paix de âme », auquel il consacre un long chapitre fort imagé. Ou encore avoue sa préférence pour le « joli teint mat » et « le brillant ombré » de l’argenterie japonaise au détriment du « clinquant superficiel occidental ». Rien n’y fait, ni l’invention du chauffage au gaz, de l’éclairage, du téléphone, du ventilateur ne trouve grâce à ses yeux, ni même le cinéma ou les machines. Tout est sujet à questionnement : qu’est-ce que l’élégance eu égard au confort et à l’hygiène moderne ? Sacrifier le pratique à l’esthétique en vaut-il la peine ? Se référant aux règles et aux coutumes ancestrales, Tanizaki se rebelle contre l’impérialisme technologique occidental qui perturbe le mode de vie de ses concitoyens, modifie ses goûts, balaye le raffinement domestique. À la rhétorique aride, il préfère les exemples concrets, plus percutants sans doute, pour alerter les japonais qui, à force de singer l’occident, dérivent du chemin suivi depuis des millénaires. Jusque dans la littérature et la pensée… Le XXIe siècle lui donnera-t il raison ?

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Février 2017

Louange de l’ombre
Jun’ichirô Tanizaki
Éd. Philippe Picquier, 13 €