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Quand les intellectuels dialoguent avec la jeunesse sur la question des langues et du sacré

Eloge de la rencontre

Quand les intellectuels dialoguent avec la jeunesse sur la question des langues et du sacré - Zibeline

Le MuCEM organisait, à l’occasion de l’exposition Après Babel, traduire, un cycle de cinq « grands entretiens ». L’occasion pour les intellectuels conviés de dialoguer avec de jeunes gens…

Depuis trois ans ces entretiens sont menés en partenariat avec SciencesPoAix et des lycées Marseillais*, qui lisent les œuvres et posent des questions aux intervenants. La parole y est différente, le public plus jeune, et les questions souvent inhabituelles.

Il s’agissait d’abord de Traduire la parole de Dieu : Nurith Aviv, cinéaste franco israélienne, put ainsi expliquer les rapports complexes des Israéliens à l’Hébreu, langue poétique, pour laquelle les plus anciens ont souvent « assassiné » leur langue maternelle. Elle regretta que l’Arabe ne soit pas enseigné en Israël,  parla aussi de son cinéma, mais peu du thème du soir, c’est-à-dire des liens entre la langue et le sacré. Frédéric Boyer, traducteur de la Bible, expliqua ses choix parfois controversés, comment la « résurrection » y devient « l’éveil », parce qu’il faut remettre en cause une tradition d’interprétation qui nous éloigne du texte sacré. Quant à Souleymane Bachir Diagne, philosophe de l’Islam, il fut d’une loquacité et d’une chaleur rares, émaillant ses propos sur la traduction du Coran d’anecdotes personnelles, faisant entendre loin des clichés le rapport que les musulmans entretiennent avec l’Arabe, avec leurs autres langues, avec les philosophes grecs et avec l’interprétation.

Les deux autres conférences, autour de Savoir faire avec les différences, réunissaient Heinz Wisman, philologue et éminent traducteur de grec, avec Martin Rueff, poète et traducteur d’italien : face aux lycéens et étudiantes, le professeur eut du mal à répondre sur la hiérarchie des langues (Le Comorien vaut-il moins que le Grec) et sur le caractère sélectif de l’enseignement des langues anciennes. Le lendemain, Barbara Cassin sut mieux sortir du questionnement universitaire pour dialoguer avec Magyd Cherfi, qui raconta avec beaucoup d’allant le bonheur d’apprendre le français à l’école, mais aussi le sentiment de trahir sa famille et ses amis en voulant s’élever dans une France qui a renoncé au vote des immigrés, parle de déchéance de nationalité, et s’habitue à voir le FN au second tour.

« Chez soi, c’est là où on se sent accueilli », concluait Barbara Cassin. Là où l’on sait inventer et penser dans sa langue, apprendre celle des autres, et les rencontrer.

AGNÈS FRESCHEL
Février 2017

*Les lycées Yavne, Ibn Khaldoun et Saint Joseph les Maristes ont travaillé sur le thème Traduire la parole de Dieu, les lycées Artaud et Saint Charles sur Savoir faire les différences. Ils ont été filmés lors de rencontres avec Zibeline

Ces conférences, conçues en partenariat avec SciencesPoAix et Zibeline, ont eu lieu au MuCEM, Marseille, du 27 janvier au 3 février.

Photo : Temps fort proposé par Sciences Po Aix, le MuCEM et Zibeline, le 2 février 2017 sur le thème Savoir-faire avec les différences : penser entre les langues, avec Heinz Wismann (philosophe et philologue) et Martin Rueff (philosophe, poète et traducteur) en conversation avec Clara de Amorin, Manon Rieutord, Charlotte Bon et Manon Carbonne (étudiantes à Sciences Po Aix)


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