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Retour sur la folie douce de Christian Mazzuchini, le Dingo Dingue

Éloge de la folie

• 10 mars 2017⇒29 juillet 2017 •
Retour sur la folie douce de Christian Mazzuchini, le Dingo Dingue - Zibeline

Dans la lignée de son dernier spectacle Psychiatrie/Déconniatrie, de Serge Valetti et François Tosquelles, Christian Mazzuchini propose Dingo Dingue. Le langage est ici souverain, personnage autant que l’acteur qui le porte, jubilatoire, déjanté, bouleversant d’acuité et de tendresse. Dans un décor anthropomorphe, de par la disposition du canapé lèvres (rouge) emprunté à Dali, des deux aquariums globe dans lesquels évoluent des poissons rouges, et des tableaux représentant chacun un œil, disposés symétriquement, accordant un regard à la scène.

Dans le rouge qui domine, un indien des Amériques déboule, coiffure emplumée, pagne et peintures que je me garderai bien d’interpréter. Danse, « parlé des Apaches », ronds de fumée imaginaires et leur traduction loufoque… le cadre est posé. Soudain, dans la tête de notre protagoniste (Christian Mazzuchini) se bousculent des voix qui cherchent à sortir, se mêlent dans la bouche de l’acteur, se fraient un chemin, exigent un changement de costume…

Tour à tour, Lacan, magnifique, et « ses silences [qui] sont comme des virgules entre deux points d’interrogation », Jean Oury, sa voix douce et des pensées semblables à « des singes à cabrioles », Tosquelles et son inénarrable accent catalan, auprès de son comparse Lucien Bonnafé. Et quels textes ! À ceux qui les supposent hermétiques et réservés à une élite, Christian Mazzuchini offre une époustouflante démonstration de clarté, de simplicité, d’humour. Avec des phrases sans appel : « la psychanalyse est un remède contre l’ignorance. Elle est sans effet sur la connerie ».

Un personnage maternel (Maryline Leminoux), qui rajeunit à chaque apparition, scande la progression de la pièce. Ce n’est que redevenue elle-même enfant, qu’elle donne des ordres à son fils, lui fait réciter sa leçon… Entretemps, entre « déconniatrie » et profondeur, l’un indissociable de l’autre, les grands thèmes ont été abordés, la vie l’amour, la mort, la solitude, le réel, la vérité, aux textes des psychanalystes se sont ajoutés les poètes, Tarkos, Michel Bellier. « La folie est un long poème qui se conserve au frais ! ». L’essentiel est de « réussir sa folie ». Pari tenu en saine et vivifiante loufoquerie !

MARYVONNE COLOMBANI
Février 2017

Dingo Dingue a été joué le 14 décembre au théâtre Comœdia, à Aubagne

À venir
10 & 11 mars
3bisf, Aix en Provence

19 au 29 juillet (16h, relâche le 25 juillet)
Théâtre de la Rotonde , Avignon
Festival Off
06 46 51 89 29

Photo : © Richard Patatut


3bisf
Hôpital Montperrin
109 avenue du Petit Barthélémy
13617 Aix en Provence
04 42 16 17 75
http://www.3bisf.com/


Théâtre Comoedia
Cours Maréchal Foch
Rue des Coquières
13400 Aubagne
04 42 18 19 88
http://www.aubagne.fr/fr/services/sortir-se-cultiver/theatre-comoedia.html