Spectacle partenaireVu par ZibelineRetour sur les 8e Rencontres Films Femmes Méditerranée, du 25 septembre au 3 octobre à Marseille

Elles

• 25 septembre 2013⇒3 octobre 2013 •
Retour sur les 8e Rencontres Films Femmes Méditerranée, du 25 septembre au 3 octobre à Marseille - Zibeline

Les 8e Rencontres Films Femmes Méditerranée promettaient, parmi inédits et avant-premières, de beaux portraits de femmes au cinéma. Promesse tenue. La bande-annonce précédant chaque film a fait éclore en une mosaïque mouvante et colorée, leurs visages, jeunes ou vieux, tristes ou gais, devenus, au fil des projections, familiers.
Le film géorgien d’ouverture n’en présentant pas moins de dix ! Dix femmes marquées par la vie et l’histoire de leur pays, prêtes à presque tout pour les 25 000 dollars et l’appartement de 4 pièces attribués par la production d’une émission de téléréalité à la «Meilleure mère de l’année». Keep Smiling de Rusudan Chkonia commence par un drame hors champ et des témoins horrifiés qu’on écarte sans ménagement : «Il n’y a rien à voir !». La caméra dans la scène suivante suit des candidates de tout «format» et de tout style vestimentaire, traversant en file les coulisses d’un théâtre, ignorant le buste poussiéreux d’un Lénine abandonné, pour regagner un plateau où on leur explique les règles du jeu qu’on sait de dupe. Sur fond de propagande gouvernementale claironnant le renouveau de la mère-patrie, le compte à rebours vers la finale commence et la feinte sacralisation de la figure maternelle tourne au cauchemar des humiliations, sous les paillettes et les ors factices. À travers le destin de l’épouse-Barbie d’un député, de réfugiées de guerre vivant dans un hôpital désaffecté, d’une violoniste ratée, rebelle et paumée, s’esquisse un état des lieux du pays où les illusions semblent définitivement perdues. On pense à la comédie italienne des années 70 : crise des valeurs, farce et larmes.
Le sourire de façade dans une société du spectacle, on le retrouve à Paris, le soir de l’élection de François Hollande, aux lèvres de Lætitia, la journaliste de La Bataille de Solferino de Justine Triet. Radieuse devant la caméra, commentant à coups de formules stéréotypées l’attente des résultats puis la joie de la victoire. Ravagée d’angoisse, téléphonant, fébrile, entre deux prises, au baby-sitter placide chargé de protéger les enfants de leur père, un Vincent Macaigne dément et véhément ! Film survolté où on passe des braillements de bambins à ceux de la foule des militants, où l’espace privé pénètre l’espace public, le documentaire, la fiction et où l’ivresse des grands soirs s’achève par une gueule de bois.
De Suzanne, incarnée par Sara Forestier, dans le film de Katell Quillévéré, on gardera longtemps en mémoire, un peu perdu, grave et doux, ce regard d’enfant têtu qui traverse, d’ellipse en ellipse, 25 ans d’une vie ravagée par les «mauvais» choix, sauvée à chaque naufrage par l’amour inconditionnel d’un père et d’une sœur. De la Chronique d’une jeunesse géorgienne de Nana Ekvtimishvili et Simon Gross, superbe clôture des Rencontres, la danse-défi de la jeune Eka, contre le machisme violent de la Géorgie explosive des années 90.
Et puis il y a eu aussi le corps lourd, usé, de la vieille Luisa dans le court-métrage de Celia Rico Clavellino, primé par le jury de 13 en courts ; histoire de la prise de possession… d’un fauteuil. Petite révolte sans cris, sans larmes dans une vie de linge à laver, de café à servir à un compagnon indifférent, une vie à petits pas, inscrite en plans serrés qui soudain se déplie, se délie.
Coup de cœur pour la justesse du propos, du ton, du tempo de Vandal d’Hélier Cisterne (lire chronique ici), itinéraire de Chérif, adolescent graffeur, cousin lointain d’Antoine Doinel. Film d’homme choisi par sa compagne co-scénariste Katell Quillevéré à l’occasion de sa Carte Blanche (voir chronique sur journalzibeline.fr).
Mention spéciale à La Tour de guet de Pelin Esmer pour la capacité de cette réalisatrice à rendre sensible la tension par le silence, la lenteur, les lignes de fuite d’un panorama aussi ouvert que ses personnages sont fermés, repliés sur leur douleur, leur colère, leur culpabilité.
Des moments forts, tendres, drôles, émouvants et une sélection 2013 très généreuse.

ELISE PADOVANI

Octobre 2013

Les Rencontres se sont déroulées du 25 septembre au 3 octobre à Marseille et se sont poursuivies à Aix, Toulon et Hyères

Palmarès 13 en courts
Prix du Jury : Luisa no está en casa  de Celia Rico Clavellino (Espagne)
Prix du Public : Quand ils dorment de Maryam Touzani (Maroc)
www.films-femmes-med.org/

Photo : Suzanne de Katell Quillévéré © Mars Films

 

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