Ténacité des méditerranéennes aux Rencontres Films Femmes Méditerranée

Elles ne cèderont rien !

• 6 octobre 2016⇒23 octobre 2016 •
Ténacité des méditerranéennes aux Rencontres Films Femmes Méditerranée - Zibeline

« Elles ne cèderont rien », le teaser des Rencontres Films Femmes Méditerranée, l’affirmait, haut et fort, cette ténacité des Méditerranéennes à exister dans des sociétés qui ne leur donnent pas toujours voix et place légitimes, cette persévérance des réalisatrices à filmer et des organisatrices à faire vivre depuis 11 ans cette manifestation, en dépit de son budget modeste. La programmation 2016 a juxtaposé, à côté des hommages à Chantal Akerman et Juliet Berto, des films-champagne tel le Latin lover de Cristina Comencini, plongée parodique dans l’histoire du cinéma au bras d’actrices déjà légendaires, des films coups de poing tel le dérangeant Pourquoi m’as-tu abandonné de Hadar Morag, des films-contes tel Histoire d’une mère de Sandrine Veysset, des films-voyages tel Birds of September de Sarah Francis, des films-mémoire sombres ou solaires, parfois les deux.

Comme toujours, la table ronde organisée à la Villa Méditerranée, le 11 octobre en partenariat avec Arte Actions Culturelles autour du film de Marianna Economou The longest Run, fut un temps fort, ouvrant le débat sur l’accueil des Jeunes Migrants en Europe.

La jeune réalisatrice grecque Geneviève Jacques, Présidente de la Cimade, et le Directeur de Trajectoires, Alexandre Le Cleve, ont croisé leurs expériences et leurs réflexions. L’arrivée de jeunes mineurs étrangers non accompagnés en Europe est un phénomène qui s’aggrave. La loi impose d’accorder protection aux jeunes de moins de 18 ans, mais les autorités dans des dérives xénophobes ne la respectent pas toujours, voyant en eux des étrangers indésirables plus que des enfants perdus, fuyant guerre et misère. Des gamins en danger, ayant franchi des milliers de kilomètres, vivant dans des « jungles », de Calais ou d’ailleurs, réelles et métaphoriques, menacés de violences et d’exactions. Après les frontières géopolitiques, ils se trouvent confrontés à celles, tout aussi redoutables de la bureaucratie. Les participants de cette table ronde ont souligné les limites juridiques des actions citoyennes individuelles, rappelé la nécessité absolue d’écouter la parole de ces jeunes gens, de ne pas « s’habituer » à l’inacceptable et de faire pression sur l’État pour trouver des solutions.

S’approcher, écouter, comprendre, c’est ce qu’a fait avec ses moyens de cinéaste Marianna Economou dans The Longest Run. L’idée de ce film, a-t-elle raconté, est née d’un choc. Il y a deux ans, elle a appris que les mineurs étrangers convaincus d’avoir collaboré avec des passeurs pour faire entrer des clandestins en Grèce, étaient passibles de 25 ans de prison ! Dès lors elle s’est démenée pour y entrer, en prison ! Et son opiniâtreté a payé. Sur les 10 prisonniers qu’elle a rencontrés dans l’établissement pénitentiaire de Vólos qui ne reçoit que ces migrants mineurs, elle a choisi Jasim et Alsaleh. Un Syrien et un Irakien soupçonnés chacun de leur côté d’avoir « apporté leur secours à des passeurs ». On va vivre, jour après jour, leur attente du procès, dans l’espace confiné de la cour, des couloirs, des cellules, dans l’ennui de la vie carcérale. On va mesurer leur détresse, leur impuissance quand, à l’autre bout du téléphone, ils entendent la douleur d’une mère, apprennent la mort d’amis. On va épouser leurs angoisses : seront-ils jugés comme adultes ou mineurs ? Auront-ils un avocat valable ? Réuniront-ils les papiers nécessaires ? Et le suspense distillé tout au long de ce compagnonnage ne s’arrêtera pas à leur libération. Car ils ne sortent que pour se retrouver dans une nouvelle prison, quitter la Grèce leur étant interdit, bien qu’il y soit si difficile d’y vivre. « N’oublie pas ce que tu vaux », dit Alsaleh à Jasim au moment où ils se séparent. N’oublions pas ce qu’ils valent, semble dire la réalisatrice que le public nombreux de la Villa Méditerranée a applaudi.

Comme la très belle femme photographiée par Fathia Zemmouri sur l’affiche FFM 2016, par bien des côtés ces 11e Rencontres ont déchiré le voile.

ELISE PADOVANI
Novembre 2016

L’édition 2016 des Rencontres Films Femmes Méditerranée s’est déroulée du 6 au 23 octobre à Marseille et en région Paca

Photo : Latin lover/ (C) Lumière&Company/Rai Cinema

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