Martha Argerich et Mischa Maisky, un nouveau triomphe au Grand Théâtre de Provence

Elle et luiVu par Zibeline

Martha Argerich et  Mischa Maisky, un nouveau triomphe au Grand Théâtre de Provence  - Zibeline

Consacré à la musique chambriste, le concert réunissant les deux monstres sacrés que sont la pianiste Martha Argerich et le violoncelliste Mischa Maisky, voyait le Grand Théâtre de Provence comble jusqu’au dernier balcon. Certes, l’auditeur est toujours plus exigeant lorsque jouent de si grands interprètes, légendes vivantes de la musique. Aussi, la première partie consacrée à Brahms et Schumann laissait un peu dubitatifs. La Sonate pour violoncelle et piano n° 2 en fa majeur op. 99 de Johannes Brahms, composée sur les bords du lac de Thun en 1886, ne trouva pas la complicité chambriste du genre, souffrant de petits décalages du violoncelle, rattrapés avec brio par la pianiste, qui se retourna souvent afin de conserver le même tempo que son partenaire. Le lyrisme de l’œuvre en pâtit, malgré les tremolos du piano, et l’évidente aisance de l’interprète. L’on devient difficile avec les monstres sacrés ! Plus accordées les trois Fantasiestücke op. 73 de Robert Schumann retrouvaient une réelle fluidité, (il a des enregistrements (au moins de 1982) de cette œuvre par les deux musiciens), mais ne savaient pas encore transporter l’auditoire, malgré les contrastes entre l’élan impétueux des arpèges et les mélodies encalminées.

La Sonate pour violoncelle et piano en ré mineur op. 40 de Dmitri Chostakovitch vint, après l’entracte, bouleverser cette entrée en matière trop sage. Piano et violoncelle tissent alors une trame pailletée, peuplée d’orages, de danses populaires, de références musicales espiègles, de pages plongées dans les soubresauts de l’insomnie, et d’autres éthérées. Une palette d’émotions et de nuances finement ciselées transporte un public enfin conquis. Lyrisme et ironie se côtoient avec une virtuose passion. Les spectateurs debout (chose rare au GTP) ovationnent les artistes qui reviennent généreusement par trois fois offrir avec des mines de potaches, et une maestria qui subjugue, des pièces de Chopin et la douceur tranquille et onirique du Liebesleid de Kreisler. Éternelle jeunesse des génies !

MARYVONNE COLOMBANI
Février 2020

Concert donné le 8 février au Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence

Photographie : Martha Argerich © Adriano Heitman

Grand Théâtre de Provence
380 Avenue Max Juvénal
13100 Aix-en-Provence
08 2013 2013
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