"Nous avons aimé" la nouvelle exposition collective de la Galerie du Collectif E3 , à voir et à aimer jusqu'au 1er janvier

Élégies d’hiverVu par Zibeline

• 13 novembre 2015⇒1 janvier 2016 •

Dans l’espace de la galerie-atelier du Collectif E3, Nous avons aimé évoque un regard rétrospectif comme un sentiment de nostalgie

Membre du Collectif E3 avec le photographe Lionel Roux, Thibault Franc est un drôle de gars. Après des études de philosophie, il entreprend définitivement, en franc-tireur, un projet de vie artistique autodidacte, atypique, méfiant quant aux formes institutionnelles proposées par les écoles ou les lieux conventionnels de diffusion de l’art. Dans l’espace-atelier expérimental partagé arlésien -un ancien magasin aux grandes vitrines en quinconce visible de la rue, à deux pas entre le musée Réattu et la récente Fondation Van Gogh- le nouvel accrochage, tel un condensé d’une exposition encore à construire, s’inscrit dans un aimable et hétéroclite capharnaüm. Seules des fiches bristol manuscrites épinglées sur les murs permettent de distinguer les œuvres sélectionnées pour l’événement d’avec celles de l’atelier. Car Nous avons aimé fonctionne sur le principe des coups de cœur du libraire, matérialisés par une petite carte commentée apposée près du livre. Mais dans le confinement de la galerie règne avant tout un état d’esprit qui nous parle du temps. Quand les choses sont encore données à voir, la présence de notre expérience en est déjà renvoyée au passé, immédiat ou plus antérieur. Les trois portraits féminins peints par Thibault Franc portent l’empreinte d’une émotion rosie de nostalgie. Les cages thoraciques de Lucie Ferlin se figent en vanités squelettiques. Les dix-huit pochades paysagères, sur les mille de la série peinte d’après nature à travers le monde par Olivier Masmonteil déclinent leur pittoresque de carte postale. Pour sa part, David Lep0le a «reliké» le principe Facebook en ajoutant un cœur. Mais les captures d’écran montrent des images bien dégradées, ajoutant au non-sens répandu par le réseau social. Chacun des artistes pose ici un regard rétrospectif, existentiel, des parts de vie personnelles, sentimentales, un brin de nostalgie, un soupçon d’amertume parfois. Nous n’avons pas pu expérimenter la proposition sonore de Rémi Sabouraud : des copeaux de truffe nappés d’huile dont la présence se perçoit via un casque d’écoute. Nous aurions certainement aimé…

CLAUDE LORIN
Décembre 2015

Nous avons aimé
jusqu’au 1 janvier
Galerie du Collectif E3, Arles
06 65 25 34 15
http://collectife3.free.fr

photo : Nous avons aimé, Pique de coeur de Lucie Ferlin, 2015 © C. Lorin/Zibeline