Le Festival Durance-Luberon referme ses pages estivales sur un accord parfait

Élans latinosVu par Zibeline

Le Festival Durance-Luberon referme ses pages estivales sur un accord parfait - Zibeline

Le Festival Durance-Luberon porté avec un inépuisable dynamisme par une magnifique équipe de bénévoles faisait salle comble et même devait refuser du monde le 21 août pour la dernière représentation dans la cour du château de Lauris, ville qui abrite le siège de l’association.

Le duo Frictions avait été convié pour refermer la saison d’été du Festival. La contralto Sarah Laulan et le ténor et accordéoniste Rémy Poulakis présentaient leur spectacle Pulso (dont le CD tout frais vient de sortir). Pulso, « cabaret latino », nous invitait à un parcours dans la poésie et les chansons d’Amérique Latine échappant aux classifications étroites, tant le populaire et le savant ici se confondent. Pulsations des rythmes africains, européens et sud-américains se croisent, se fondent et parlent de terres aux reliefs multiples et chargées de légendes. C’est donc au « rythme d’un même pulso » que les duettistes nous racontaient les histoires des chants interprétées, donnaient des détails à propos des vies des compositeurs, et, complices, apportaient leur vision espiègle et complice d’univers parfaitement maîtrisés. Les voix d’opéra se teintent de nouvelles intonations, le sens dicte le phrasé, les inflexions s’encanaillent dans les bars louches de la capitale argentine, aux côtés de Carlos Gardel, ou de Juan-Carlos Cobian dont la chanson de cabaret, Nostalgias, rend « hommage à tous les chanteurs des bas-fonds de Buenos Aires », voyagent sur les routes brésiliennes avec le jeune Villa Lobos qui, à seize ans, décida de partir de chez lui afin de collecter par tous les villages du Brésil chants et légendes de langues qui allaient disparaître, évoquent la Granada du mexicain Roberto Lara, avec ses envolées jazziques, ou poétisent avec Ginastera et sa « chanson de l’arbre de l’oubli » (Canción del árbol del olvido) dans une mise en abyme mutine où « l’oubli s’oublie »… quelle jolie manière de fixer les souvenirs !

L’accordéon s’emporte, les voix « scatent », les couleurs de l’Amérique latine se brossent là, dans la vivacité des compositions, la virtuosité des improvisations, la beauté des textes. On écoute le fossoyeur raconter le sort d’une jeune fille, pendant d’Ophélie ou de la poétesse Alfonsina Storni, retrouvée morte dans les eaux d’une rivière : La Nina del Guatemala de Victor Carbajo doit ses paroles à José Martí, héros de l’indépendance cubaine. « En Amérique du Sud, sourit Sarah Laulan, les héros sont aussi des poètes ! ». Bien sûr, pas d’évocation de la musique de l’Amérique latine sans Astor Piazzolla dont les relations avec Lili Boulanger qui au bout de peu de temps décréta qu’elle n’avait rien à lui apprendre en musique et le renvoya d’où il venait vers ses propres sources d’inspiration et ses créations ! Naissent alors les enfants mendiants, « Chiqilin », les oiseaux qui montent si haut dans le ciel que personne ne peut les retrouver, Los Pajaros perdidos, ou un duo hilarant et en français, avec Che tango che… Quelle palette qui se conclut avec l’incontournable Quizas d’Osvaldo Farres que chacun reprend en chœur ! Longue vie à ces moments précieux !

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2021

Concert donné le 21 août dans la cour du château de Lauris dans le cadre du Festival Durance Luberon.

Photographie © Gian Luigi Fiorini