Vu par Zibeline

L'Hôtel des arts de Toulon expose les oeuvres de l'artiste espagnol Eduardo Arroyo jusqu'au 10 janvier

Eduardo Arroyo, peintre jusqu’au bout

• 17 octobre 2015⇒10 janvier 2016 •
L'Hôtel des arts de Toulon expose les oeuvres de l'artiste espagnol Eduardo Arroyo jusqu'au 10 janvier - Zibeline

Après Télémaque au musée Cantini à Marseille (voir Zib’87), l’un des artistes les plus saillants de la Figuration narrative et de la Nouvelle figuration investit l’Hôtel des arts à Toulon : l’espagnol Eduardo Arroyo.

Ce qui surprend dans cette exposition conduite par Olivia Maria Rubia, c’est la multiplicité des formes et des mediums créés par Eduardo Arroyo autour du portrait, thème récurrent dans son œuvre depuis les années 60. Ses peintures -dont le fameux Nu descendant l’escalier tête renversée et pieds au ciel rebaptisé Habillé descendant l’escalier, clin d’œil à Duchamp- ont fait le tour du monde. Ses collages photographiques et ses sculptures beaucoup moins, ce qui fait le sel de cette déambulation éclectique.

Ce qui frappe également les esprits, c’est sa production sérielle : Arroyo décline les portraits comme on abat un jeu des sept familles, une carte entraînant l’autre et ainsi de suite. Il voile ses sujets de mille pastilles colorées, fait cohabiter perpétuellement la forme et la couleur, les personnifie par des attributs et des titres écrits à la faveur de jeux de mots : Flo-Ber, Stendhal y cuatro aspirinas… Il détourne le genre classique du portrait et de l’autoportrait en représentant de «vrais» sujets avec de «faux» visages, préférant les «masques» qui révèlent l’intériorité des personnages aux représentations psychologiques ou historiques. Le plus souvent mis en scène et en situation, souvent métaphoriques. Dans son panthéon personnel, une foule de personnages historiques (Cléopâtre ou la reine d’Angleterre), d’hommes politiques (Winston Churchill représenté assis de dos dont on reconnaît l’imposante stature, Gorbachov vêtu d’une chemise à pois rouges, les yeux presque révulsés), de philosophes et même des boxeurs ! Mais les écrivains ont sa préférence car il apprécie leur compagnie, réelle ou fictive. D’ailleurs, ne se destinait-il pas à une carrière de journaliste, espérant se consacrer à l’écriture ? Et si çà et là pointe un soupçon de malice, c’est pour mieux rendre hommage aux écrivains dont il est amoureux («Mes tableaux sont remplis de littérature et d’idées») et aux peintres qu’il admire. Parfois, son esprit facétieux se glisse dans des duos improbables en pierre et plomb, des visages doubles comme Dante-Cyrano de Bergerac et Tolstoï-Bécassine ! Dans ces portraits sculptés nés du mariage de la forme avec la matière, force dramatique et force comique combattent à armes égales. Ainsi Truman Capote évoqué à travers un verre de vin rouge et une tasse de café au bar de l’hôtel Algonquin à New York, James Joyce reconnaissable à sa paire de lunettes cerclées, Nabokov à l’heure de sa mort l’esprit flottant au gré d’un vol de papillon, Fernand Léger l’air dubitatif, Van Gogh dans son Los ultimos dias avec sa hotte remplie de pinceaux…

Artiste prolixe aujourd’hui encore à l’âge de 78 ans, Eduardo Arroyo a toujours envie d’écrire en images.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Novembre 2015

La force du destin
jusqu’au 10 janvier
Hôtel des arts, Toulon

photo : Habillé descendant escalier, 1976 © Eduardo Arroyo


Hôtel des Arts
Centre d’Art du Conseil Général du Var
236 boulevard Général Leclerc
83093 Toulon Cedex
04 94 91 69 18
http://www.hdatoulon.fr/