Critique: Des ailes au loin, premier roman lumineux de Jadd Hilal aux Éditions Elyzad
Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub
Vu par Zibeline

Des ailes au loin, premier roman lumineux de Jadd Hilal aux Éditions Elyzad

Éditions Elyzad

Des ailes au loin, premier roman lumineux de Jadd Hilal aux Éditions Elyzad - Zibeline

Avec Des ailes au loin, Jadd Hilal offre un premier roman lumineux où les voix de quatre femmes palestino-libanaises se croisent sur quatre générations : Naïma, née en 1930 à Haïfa, sa fille, Ema (1948), Dara (1974), fille d’Ema, Lila (1998), fille de Dara. Les guerres qui bouleversent le Moyen-Orient influent sur les vies, les choix, poussent aux exils, nourrissent les nostalgies, installent des distances qui accordent des regards neufs sur les êtres. La violence réside aussi dans le sort réservé aux filles, Naïma est mariée à 12 ans à un garçon de 21, qui lui-même a été forcé à cette union, pour « oublier » une autre, interdite… Chacune des protagonistes a un caractère fort, résiste aux tempêtes du monde, porte un regard d’une pertinente acuité sur ce qui l’entoure. Brillantes, les descendantes de Naïma travaillent auprès des instances internationales, ce qui leur permet de partir, aux moments les plus dangereux des conflits qui ravagent le Liban, en Suisse. Genève, Ferney-Voltaire, deviennent les nouveaux lieux d’ancrages. La fiction s’arc-boute au réel avec une délicate intelligence, se refuse à tout pathos facile. Les drames les plus terribles n’entament pas la vitalité de ces femmes, leur capacité d’indignation, leur volonté d’émancipation, leur lucidité, ni leur humour. « C’est ça le paradoxe libanais ! L’envie de désordre ! », assène Dara à sa mère, lorsqu’elle décide, fille de « deux parents à l’ONU », de se marier avec un maçon à Arsoun. Mais les déchirures se répètent, le départ du Liban inévitable. « Gigantesque(s) et minuscule(s) », les histoires particulières s’articulent avec les remuements du siècle. L’écriture limpide va à l’essentiel : un verbe, un nom suffisent à caractériser un personnage, une situation, une émotion. L’ironie affleure, savoureuse. Ainsi une colère maternelle devient un morceau de bravoure : « Elle a déployé tous ses talents de cantatrice orientale. Moitié martyre moitié génitrice acharnée, elle a ténorisé un à un les sacrifices quasi coraniques auxquels elle s’était contrainte pour ses enfants… ». Un roman sensible, au rythme soutenu, qui nous donne à voir le monde autrement.

MARYVONNE COLOMBANI
Mai 2018

Des ailes au loin, Jadd Hilal
Éditions Elyzad, 18.50 €