Le Grenier à Sel, nouveau lieu d'exposition de la Fondation Edis à Avignon

Edis en ses murs de selVu par Zibeline

• 3 juin 2018 •
Le Grenier à Sel, nouveau lieu d'exposition de la Fondation Edis à Avignon - Zibeline

Le fonds de dotation Edis, dédié aux arts des nouveaux médias, vient d’ouvrir un nouveau lieu à Avignon, dans l’ancien Grenier à Sel, avec une exposition, Planet laboratoire, qui renouvelle les relations entre arts, technologies et environnement

Le Grenier à Sel, qui accueille traditionnellement durant le Off la programmation des Pays de la Loire (ils y seront à nouveau cet été), magnifiquement restauré dans les années 90 par Jean Michel Wilmotte, a été acquis par le Fonds de dotation Edis de Régis Roquette pour devenir un lieu d’exposition, dont la direction artistique a été confiée à Véronique Baton. Un fonds qui n’en est pas à son coup d’essai, ayant commis à Avignon deux expositions Hortus partiellement hors les murs et totalement réussies (voir journalzibeline.fr) : commandes d’artistes, choix d’œuvres dialoguant entre elles et avec les lieux d’exposition, regard aigu sur les douleurs et les beautés du monde.

L’inauguration le 30 mars a attiré au-delà des murs avignonnais, phénomène rare dans une ville souvent enclose en ses murs en hiver. Ardénome, acrostiche d’ARts DEs NOuveaux MEdias se déploie en quatre salles, une entrée et une mezzanine, idéales dans leur disposition pour accueillir des œuvres de tailles diverses. Sombre, comme dans un voyage dont la lumière émane des œuvres seules, la scénographie met en valeur leur exposition, Planet Laboratoire, première grande exposition monographique des artistes HeHe. Entendez Helen Evans et Heiko Hansen, une anglaise et un allemand qui réinventent les liens entre art et recherche, technologie et artisanat, approche sensible et geste militant.

L’exposition, produite avec l’agence montpelliéraine Bipolar, présente une douzaine d’œuvres autour de deux grands thèmes : la pollution chimique et la menace nucléaire, précédés, comme un contrepoint utopique, des moyens de transport farfelus fonctionnant sans énergie fossile… Ainsi le Métronome et le Radeau de Survie, exposés mais également présentés dans leur fonctionnement et leur facture avec des vidéos et des photos, construisent un présent possible, loufoque de ses gilets de sauvetage et machines à billets, où l’on circule loin des embouteillages et des fumées sur des rails désaffectés, sans autre énergie que le soleil et le vent. Car ils fonctionnent ces véhicules doux !

Plus effrayante la Prise en charge qui crache sa fumée menaçante, rappelant comment ce fournisseur de courant si ordinaire nous relie à des centrales si peu maitrisées. Car Planet Laboratoire nous dit combien notre monde est devenu une expérience scientifique en marche, autodestructrice et permanente. Nuage vert retrace dans des photos et vidéos leurs performances à Helsinki ou Ivry, où ils ont coloré de fluorescences les fumées des usines, Toy emissions lâche dans la ville une voiture miniature, jouet d’enfant émettant une épaisse fumée.

Des dispositifs animés en évolution témoignent en miniature, comme dans un laboratoire, de ce que vit la planète : Champs d’ozone donne à voir l’intensité de la pollution en faisant varier la couleur au dessus des toits de Paris, Fleur de Lys simule les rejets dans l’atmosphère d’une centrale nucléaire. Et un Radian Tree, véritable chêne vert planté mais orné de fluorescences, témoigne de l’inquiétante beauté des destructions chimiques.

Dans une salle isolée, un diorama poétique sur le mode du monde à l’envers : une forêt arrosée d’une pluie qui remonte vers le ciel, jeu d’illusion à la spectaculaire perfection. Car le paradoxe de ces univers menaçants et spectraux est d’être beaux et désirables, comme un chant des sirènes trop familier.

Agnès Freschel
Avril 2018

Planet Laboratoire
jusqu’au 3 juin
Ardenome, ancien Grenier à sel, Avignon
04 32 74 05 31
edis-fondsdedotation.fr

Photo : ©HeHe Fleur de lys (en collaboration avec Jean-Marc Chomaz) 2009 Installation-performance