La Comédie du livre s’est déroulée à Montpellier, avec une carte blanche à Maylis de Kerangal

Écrivains (et) publics

• 27 mai 2016⇒29 mai 2016 •
La Comédie du livre s’est déroulée à Montpellier, avec une carte blanche à Maylis de Kerangal - Zibeline

Il doit sûrement y avoir une bonne façon de s’y prendre. Cocher à l’avance ceux que l’on veut rencontrer, apporter son livre à faire signer ? Comment, sinon, appréhender la Comédie du livre autrement qu’un long et laborieux cheminement le long des tables où sont alignés les écrivains, sur l’Esplanade de Montpellier ?
On lit rapidement leur nom, tous les 50 centimètres, souvent on ne les regarde pas, assis derrière les panonceaux, qui attendent, fatigués du brouhaha ambiant, que quelqu’un s’arrête, feuillette distraitement les pages d’un livre sur la pile, puis on repart, un peu gêné de ne pas savoir quoi dire à cette personne qui a écrit ces mots sur ces pages, incarnation presque dérangeante d’une littérature qu’on vient « visiter » en passant, à la queue-leu-leu.
Il y a une autre façon de se plonger dans la manifestation littéraire, événement annuel, rassemblant trois jours durant une centaine d’écrivains, drainant mille fois plus de visiteurs.
Cette année, la 31e édition célèbre la littérature italienne. 36 auteurs de la Péninsule sont invités à des dialogues, rencontres, interludes musico ou gastro-littéraires.
On peut aussi se laisser porter par les propositions de l’invité qui détient la Carte Blanche. Cette année, c’est…
« Je rêve, ou c’est Maylis ?
– Maylis ?
Maylis de Kerangal ! Là, regarde ! Derrière celle en bleu !
 »
Oui, c’est bien elle. L’auteure du foudroyant Réparer les vivants (2014) a préparé cinq moments, avec des complices d’écriture, dans des espaces privilégiés. Accompagnée d’Olivia Rosenthal, c’est au Cabinet d’anatomie de la Faculté de médecine que l’expérience commence. Sur inscription, on pénètre dans ce haut lieu d’histoire de la science. Chancres syphilitiques, corps difformes et bébés dans le formol… « La fiction, l’expérience limite » : thème de cette première réflexion. « Il n’y a pas vraiment de différence entre être vivant ou être mort. » Olivia Rosenthal évoque son Mécanisme de survie en milieu hostile (2014), dont l’EMI, épisode de mort évidente, hante les lignes. Kerangal nous livre une vibrante et généreuse lecture de l’instant de basculement qui déchire la vie des parents du Simon de son livre, lorsqu’ils apprennent qu’il est cliniquement mort.
Elles sont toutes deux au pied du Theatrum anatonicum. Saisissante transplantation littéraire.
ANNA ZISMAN
Juillet 2016

La Comédie du livre s’est déroulée du 27 au 29 mai à Montpellier

Photo : Maylis de Kerangal et Peter Szendy, Comédie du Livre 2016 © Anna Zisman