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Alain Simon lit ses "Monologues" publiés aux éditions Rouge profond

Écriture des profondeurs

• 15 mars 2019 •
Alain Simon lit ses

À l’occasion de la publication aux éditions Rouge profond de quatre de ses monologues, Alain Simon en offrait la lecture au cours de quatre soirées. La dernière était consacrée à un monologue inédit jusque-là, Paule. La méthode d’écriture ne varie pas, « s’appuie sur le mythe de l’improvisation » dans une « forme de texte libre ». « La liberté, c’est d’être honnête dans son écriture » dit-il. Voici donc un « pli supplémentaire aux replis des monologues précédents », sourit à la fin de la lecture l’éditeur, Guy Astic, joint en une séance FaceTime (une première réussie au théâtre des Ateliers !). Poignant, ce dernier monologue évoque la perte de la fille cadette de l’auteur, Paule, disparue à l’âge de sept ans. Autour de la maladie, de l’hôpital, des attentes, du coma artificiel, de la tache sombre qui a envahi un poumon, puis de l’incinération, la plume s’évade, coud à la toile des fragments de vie, dévide le fil d’une nouvelle appréhension du monde, au cours d’allers et retours dans le texte, avec la mort comme pierre de touche. Tout devient ici important, sans hiérarchie, les moindres détails, même la poubelle de l’hôpital, deviennent essentiels en un éclatement des valeurs. La voix du comédien s’empare de ses mots avec une justesse bouleversante, adoptant la distanciation nécessaire entre l’interprétation et l’œuvre. La force de l’acteur, à l’instar des enfants, est de « devoir déplier à l’extérieur les émotions et les sentiments de ses personnages pour les rendre visibles aux spectateurs. » « Par sa mort, Paule nous fait revisiter toutes les valeurs, explique Alain Simon lors de la conversation de bord de scène, elle me met devant la réalité, m’aide à donner un sens à ma vie… Lorsque j’étais étudiant, je notais certaines formules qui m’apparaissaient essentielles, et me touchaient, ainsi, “ l’art venge la vie ” de Pirandello. Aujourd’hui elle s’est vidée de son sens. La mort de Paule m’a “ recyclé ” des phrases comme ça… » L’écriture, « à la fois filtre et voile que l’on lève » (G. Astic), est « un bathyscaphe, elle permet de plonger de découvrir les choses que l’on a en soi et que l’on ignorait » (A. Simon). Troublantes profondeurs…

MARYVONNE COLOMBANI
Mars 2019

Lecture donnée le 15 mars au théâtre des Ateliers, Aix-en-Provence

À lire :
Monologues
Alain Simon
éditions Rouge Profond, collection « Débords », 12€

Photo : Alain Simon c X-D.R_


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