Retour sur la rencontre À l’air livre organisée par La Marelle à La Friche avec François Cervantes

Écrire la voix qu’on entendLu par Zibeline

Retour sur la rencontre À l’air livre organisée par La Marelle à La Friche avec François Cervantes - Zibeline

Une fois par mois, le dimanche matin, il est possible d’aller s’attabler aux Grandes Tables de La Friche pour prendre, non pas un air de messe mais un bain littéraire que l’atmosphère dominicale, vaguement somnolente encore et très détendue, rend d’autant plus plaisant. À l’air livre est un cycle de rencontres publiques organisées par La Marelle en partenariat avec La Friche, diffusées sur Radio Grenouille (88.8). En 2013, ces rencontres se dérouleront généralement durant les week-ends Made in Friche. C’était le cas le 17 février. Pascal Jourdana recevait François Cervantes, un habitué des lieux puisqu’il y a ancré pendant plusieurs années sa cie L’Entreprise et qu’il y donnait ses deux dernières créations Le prince séquestré et Carnages (voir Zib’60). Invité en tant qu’auteur, cet homme de théâtre passionné, qui a écrit des pièces mais également des nouvelles, des romans et des essais, est revenu longuement sur son entrée en écriture qu’il fait remonter à l’âge de douze ans, lorsque sa famille est rentrée du Maroc. Pour le jeune garçon, ce retour s’est accompagné d’une impression de perte de chaleur, de distance. Se rappelant son père qui lui reprochait son mutisme d’alors, Cervantes affirme qu’il a «commencé à écrire pour apprendre à parler». Convaincu que la parole est supérieure à l’écriture, il voit cependant celle-ci comme un «pont vers l’autre», une façon de sortir du silence. Mais une fois le texte écrit, il s’agit qu’il devienne voix. C’est ce mystère qui continue d’inspirer Cervantes. Que ce soit par le biais du masque, dont il a redit l’importance, ou du clown, l’acteur, au-delà des traces que l’auteur a laissées sur le papier, doit remonter à la source de l’écriture, jusqu’au «silence qui circule entre nous avant la parole». C’est cela que lui dramaturge essaie à chaque fois de faire émerger, «le nous qu’on porte en soi» et «les morceaux de textes qui sont déjà à l’intérieur des acteurs». Cela prend diverses formes et des temps de création très variables (d’une semaine à quinze ans !). Mais dans tous les cas, il y a le désir de garder au travail son caractère artisanal, de faire de chaque soirée une œuvre et une rencontre uniques, de rendre compte par l’écriture d’un monde contemporain «assez magique et bouleversant». Une conversation, intime et forte, à l’image des spectacles de cet insatiable curieux des formes.

FRED ROBERT

Mars 2013

Prochaine rencontre À l’air livre, le 17 mars, avec Arno Bertina et Anissa Michalon