Laurent Cantet parle de son film, L'Atelier, qui sort en salles le 17 octobre

Écrire ensembleVu par Zibeline

• 19 septembre 2017⇒20 septembre 2017 •
Laurent Cantet parle de son film, L'Atelier, qui sort en salles le 17 octobre - Zibeline

Un chevalier solitaire qui erre dans la montagne puis vise le soleil avec son arc, image du jeu vidéo, The Witcher, un jeune homme qui fait la planche dans une eau turquoise, puis un visage en gros plan suivi d’autres, c’est ainsi que démarre le dernier film de Laurent Cantet. L’Atelier. L’Atelier ? Un atelier d’écriture, à La Ciotat, qu’anime une écrivaine parisienne, Olivia, superbement interprétée par Marina Foïs. Une demi-douzaine de jeunes gens en quête d’emploi ont été  invités à écrire collectivement un roman. Des jeunes gens très différents ; Benjamin qui n’a pas choisi cet espace d’écriture y vient pour « faire ses heures »  Malika y trouve la chance de faire revivre les souvenirs de son grand-père, immigré algérien qui a vécu la grandeur du chantier naval et leur fermeture parce que, lui disait-il, « avant quand tu disais que t’étais de La Ciotat, y’avait de la fierté. » Chacun a ses motivations personnelles , son histoire, et écrire collectivement ce n’est pas facile ! Surtout quand, parmi eux, il y a Antoine (Matthieu Lucci , très juste, dans son premier rôle) un garçon solitaire qui fait de la muscu, se filme plongeant du haut de falaises et fréquente des gens aux idées fort peu recommandables .Dans l’atelier il  agresse tour à tour les autres ainsi que l’écrivaine, lui reprochant d’être venue là pour l’argent ; « Pourquoi est-ce qu’une écrivaine comme vous elle viendrait perdre son temps ici avec nous ? »  Le soir, troublé, il la  suit pour l’espionner chez elle. Olivia, elle, est intriguée, désarçonnée, fascinée par ce jeune garçon qui ne pense pas comme elle et la fait même douter parfois.  Séances de travail de l’atelier alternent avec des séquences consacrées à Olivia et à Antoine car peu à peu, c’est entre eux deux que tout se joue. En particulier la question de l’écriture et de la langue « Vous voulez faire un roman politique ! ou vous vous écoutez parler »  lui reproche-t-il. « Dans une fiction, on peut parler pour dénoncer, affirme-t-elle. » Et, bien évidemment, tout cela nous renvoie aussi à la création cinématographique.  L’image de Pierre Milon est superbe en particulier les  scènes de nuit, près de la mer sous la lune.

A.G.

Photo : L’Atelier © Jérôme Prébois

L’Atelier a  été présenté en avant-première au cinéma Le Mazarin à Aix le 19 septembre et le lendemain à La Ciotat en présence de Laurent Cantet, Marina Foïs et Mathieu Lucci.

LAURENT CANTET  parle de de son film :

Laurent cantet

Laurent Cantet © A.G.

  • De son travail avec Robin Campillo, son coscénariste

« L’idée est née il y a 20ans à peu prés : filmer un atelier d’écriture, donner un espace de réflexion commun. C’est venu d’un vrai atelier qui avait eu lieu à La Ciotat. Robin (Campillo) avait monté un reportage sur une émission de télé Qu’est ce qu’elle dit Zazie et avait trouve que le dispositif était très intéressant pour donner la parole et écouter ce que ces jeunes gens avaient à nous dire à l époque de cette rupture très forte qui avait eu lieu dans la ville avec la disparition des chantiers navals, culture ouvrière qui était peut-être en tain de se modifier ou de se perdre .On a commencé à travailler là-dessus et au bout d’un moment on n’a pas trouvé la forme à donner au film . J’ai laissé tomber pour y revenir il y a 3 ans , me disant que le dispositif était toujours intéressant et que, par contre, le film serait très différent de ce qu’il aurait pu être. Les temps ont changé, les jeunes aussi, leurs préoccupations se sont modifiées ; ils sont maintenant confrontés à une absence de perspectives beaucoup plus grande. Parmi les centaines de jeunes que j’ai pu voir pour le casting, beaucoup vivaient de petits boulots, se demandant ce qu’ils allaient pouvoir faire par la suite. Il y a cette absence de perspectives, le fait qu’ils sont encore plus mis sur le banc, le fait qu’on les comprend de moins en moins parce que de nouvelles grilles sont arrivées, de nouveaux outils qu’ils manipulent beaucoup mieux que nous ; le type de société que cela engendre reste assez étrangère aux plus âgés. Ils sont confrontés à un monde plus violent dans lequel il faut, malgré tout, qu’ils arrivent à être jeunes, parfois insouciants ce qu’ils sont de moins en moins. Le dispositif de l’atelier marchait encore pour décrire tout cela et il a fallu trouver ce qui manquait il y a 17 ans, la trame dramatique du film, l’aspect plus romanesque qu’on a progressivement trouvé.

  • Du désir de revenir à ce sujet en 2015

Cela a dû coïncider-même si je n’ai pas exactement la chronologie en tête-avec  « Charlie » . La question, comment peut-on avoir 20 ans aujourd’hui, s’est imposée. J’ai eu envie de leur donner la parole et de créer un dispositif de travail en commun autour de cette question-là ? Ça s’est étoffé par la suite. On a été poursuivi par l’actualité car à peine avais-je fini la première version du scénario qu’il y a eu  les attentats de novembre qui ont amené une espèce d’urgence dans les questions qu’on se posait et qui m’ont presque obligé à être un peu moins timide dans ma façon d’aborder la question du djihadisme,ui est un sujet de discussion entre eux à un moment du film. Quand on a commencé à répéter, est survenue l’attaque à Nice. Quand on a démarré le travail avec Mathieu (Lucci) il avait passé la nuit devant la télé et il est arrivé avec les yeux rouges parce qu’il attendait de voir s’il n’y avait pas des copains qui étaient à Nice. Et on a travaillé aussi sur cette question-là. Le scenario est écrit très précisément. Et progressivement, je racontais aux jeunes ce que je voulais obtenir d’eux et ils improvisaient autour de ça.  Je gardais ce qui m’intéressait. Progressivement, on a  écrit les scènes telles qu’elles sont avec leurs mots, leur phrasé. Pas d’improvisation sur le tournage.

  • Du casting

Au départ, j’avais pensé que la romancière serait étrangère. Ce face à face entre ces deux mondes, j’avais envie de le creuser au maximum. J’ai constaté,après les essais ,’il fallait avoir une maitrise de la langue pour tenir le choc face aux jeunes. J’ai pensé à Marina (Foïs.) car je trouvais qu’elle avait l’énergie requise pour le rôle d’Olivia et je ne l’ai pas regretté. Ce qui m’a beaucoup amusé c’est la façon dont Marina et Olivia ont pu finalement se confondre dans le processus de fabrication. Marina, parisienne, grande actrice qui passe à la télé, qui joue dans des films qu’ils connaissent, avait un peu le statut d’Olivia au début du film , c’est-à dire très attirante et en même temps très intimidante, celle qu’on a envie de séduire mais qu’on casse systématiquement. Cela me semblait faire partie du dispositif d’avoir ce contraste-là. (…) Le casting est le moment où j’ai le plus de doutes car on sait qu’on engage totalement le film là et on n’a pas toujours assez de recul pour évaluer la justesse de ces choix.

  • Des images

Le film démarre avec les images d’un jeu vidéo, The Witcher, car j’avais envie que le film fasse appel à toutes sortes d’images.. A travers ce jeu, on sent la solitude, une sorte de violence qui va être sublimée. C’est déjà le personnage d’Antoine. Quant aux images d’archives, elles me touchent beaucoup parce qu’elles sont superbes. Ce sont les habitants de La Ciotat qui ont confié leurs archives à la Mairie, des images qu’ils ont filmées avec leurs caméras Super-8 ou 8mm Il y a aussi des images faites par un reporter (Louis Sciarli ndlr). La Mairie de La Ciotat nous les a confiées et j’ai demandé à chacun des auteurs des plans l’autorisation de les utiliser. (…)

  • En conclusion

Plus on fournit d’espace de réflexion à des gens, plus ils apprennent à se connaitre, à se positionner en face des autres et à les comprendre ! »

Propos recueillis par ANNIE GAVA  le 19 septembre 2017

L’Atelier de Laurent Cantet sort en salles le 11 octobre 2017

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