Olivia Rosenthal est intervenue avec brio et humour à La Marelle pour La belle besogne

Ecrire, belle besogneLu par Zibeline

• 15 octobre 2020⇒18 octobre 2020, 10 décembre 2020⇒13 décembre 2020 •
Olivia Rosenthal est intervenue avec brio et humour à La Marelle pour La belle besogne - Zibeline

Depuis janvier 2019, La Marelle a initié un dispositif littéraire destiné à explorer le travail d’écriture. Au fil de rendez-vous réguliers, des écrivain.e.s viennent partager leur expérience de La Belle Besogne, en proposant master classes et ateliers d’écriture*. Les 16 et 17 octobre derniers, c’était au tour de l’autrice-performeuse-enseignante en master de création littéraire Olivia Rosenthal. Depuis On n’est pas là pour disparaître, elle travaille à partir d’entretiens, tous enregistrés, qu’elle retranscrit, relit, « rumine » jusqu’à trouver une forme, « trouver le lien entre ce que les gens [lui] racontent et ce [qu’elle] en fai[t] ». Un long processus pour se réapproprier ces voix afin de dégager, de leur désordre – élément capital, selon elle, pour que débutent les histoires ! – un fil fictionnel. Le livre constitue alors « la réponse à la question de savoir pourquoi [elle a] eu envie  de travailler sur ce thème ». Quelque chose à retrouver donc, plutôt qu’à inventer. D’où l’importance pour elle de rester vigilante, « disponible à tout ce qui circule dans la vie », et toujours curieuse de « se laisser mener par l’écriture », entraîner sur les chemins de traverse d’une littérature nécessairement marginale.

Montaigne et moi

Pas étonnant qu’Olivia Rosenthal ait choisi Montaigne pour sa « conférence » (au sens ancien de « conversation »). Ils ont tant de points communs ! D’abord celui d’inventer des genres nouveaux. Les Essais sont en effet une œuvre inclassable, tout sauf lisse. Qui pose la littérature comme un art de la pensée. Et dans ce que Montaigne appelle ses « fantaisies », Olivia voit « la première fantaisie spéculative », genre inédit auquel elle-même s’est essayée. Elle souligne ensuite la dimension expérimentale des Essais, qui tentent de tenir le registre de toutes les expériences, celles de l’écriture comme celles de la vie. Ce qui engendre hétérogénéité et paradoxes ; mais « le chaos du livre, c’est le chaos de nos vies », assure-t-elle, revendiquant une fois encore le désordre comme source de création. À ce jeu, Montaigne était maître, qui laissa une œuvre en chantier, constamment remaniée, et pour toujours ouverte. Car comment fixer ce qui bouge sans cesse ? L’écrivaine salue également l’oralité du texte, qui est aussi sa marque de fabrique à elle. Passionnante conversation par-delà les siècles, qui a rappelé, s’il en était besoin, toute la modernité de l’auteur des Essais.

Un texte tout juste écrit a ouvert la dernière rencontre, organisée avec le Bureau des Guides. Un émouvant éloge des mauvaises herbes, « modestes mais obstinées ». À l’image des friches, des espaces périurbains, que l’écrivain-marcheur Baptiste Lanaspèze et l’architecte Alexandre Field arpentent depuis 2013… et commentent, car marcher et parler permet selon eux de « fabriquer du collectif ». Prêter attention au « négligeable », aux territoires laissés-pour-compte, c’est comme donner voix à ceux qu’on n’entend pas. Des sentiers aussi naissent les histoires…

FRED ROBERT
Novembre 2020

* Interview de Pascal Jourdana, directeur artistique de La Marelle, à écouter sur WRZ

La Belle Besogne d’Olivia Rosenthal, organisée par La Marelle, s’est déroulée à Montévidéo (Marseille) du 15 au 18 octobre.

À venir
Georges-Olivier Châteaureynaud, 10 au 13 décembre, lieu à déterminer

À lire :
Olivia Rosenthal, dernier ouvrage paru : Eloge des bâtards, Gallimard-Verticales (2019)
Baptiste Lanaspèze, avec les photographies de Geoffroy Mathieu, Marseille ville sauvage (essai d’écologie urbaine)Actes Sud (septembre 2020)

Photo : Olivia Rosenthal © Fanny Pomarède

Montévidéo
3 Impasse Montévidéo
13006 Marseille
04 91 37 97 35
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