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Vu par Zibeline

Le musée Fabre expose le peintre hongrois Alexandre Hollan

Écouter le trait qui passe

• 12 décembre 2018⇒10 mars 2019 •
Le musée Fabre expose le peintre hongrois Alexandre Hollan - Zibeline

Du silence. Du mouvement. De là surgit le vivant, cette vibration intime et spirituelle que traque, depuis près de 70 ans, le peintre Alexandre Hollan, dont le regard s’est promené dans la nature de l’Europe entière, pour finalement se poser sur la garrigue de Gignac, près de Montpellier. Là, en 1984, il achète un petit mas, où il approfondit sa quête. Ce poète du pinceau et du fusain, ce peintre des mots, s’affronte à la question du voir depuis toujours. Pour lui qui pratique l’acte d’observer dans une attitude quasi mystique, la vision est ce qui lui permet d’affirmer : Je suis ce que je vois*. Le titre de l’exposition que lui consacre le musée Fabre est aussi l’une de ses belles formules : L’invisible est le visible. Comment fait-il pour capter, ressentir les vibrations qui habitent son espace de création ? Parmi ses toiles réparties dans 4 salles au déroulé chrono-thématique, il explique que devant ses sujets, il « fait silence pendant un certain temps. Et finalement, on peut voir qu’il y a quelque chose à voir. Puis le silence prend forme ». L’exposition permet de comprendre, de façon intuitive et sensible, l’ensemble de sa démarche : sur le chemin d’une écoute toujours plus fine de l’impalpable pulsation de la lumière et de la couleur, pour ressentir les énergies qui se développent dans le mouvement de la nature, dans le trait de son pinceau, véritable sésame qui parvient à rendre visible l’invisible.

Chut… Écoutons

Les toiles d’Hollan respirent ; elles bruissent ; elles chuchotent. Beaucoup d’arbres. Solitaires. Des portraits de chênes, ou d’oliviers. Monochromes (primaires ou noir), ou multicolores (pinceau trempé dans plusieurs tons, qui se mélangent et se succèdent dans le mouvement du dessin). On est parfois Dans l’arbre, au cœur de l’imbroglio de branches. Le trait (unique, geste calligraphique, presque chorégraphique) forme un réseau où blancs et pleins font circuler une énergie vitale qui libère le regard et invite à suivre le peintre dans son dialogue intérieur avec la nature. Certains arbres ponctuent son œuvre au fil des années. Ce sont ses complices, qu’il nomme (Le Déraciné, Le Déchêné). Le Très Viel Olivier de Bosc-Viel, la nuit (dessin de tout un été) (1992) propose un autre rapport au temps. Réalisé au fusain, somme de milliers de traits, multipliés, accumulés chaque soir. Chaque été pendant dix ans, le peintre a dessiné dix fois cet arbre, revenant tous les jours, l’écoutant, vivant à son rythme, jusqu’à ce qu’il meurt. Sur celui présenté à Montpellier, la profondeur de la nuit, l’ombre qui enveloppe doucement tout l’espace de la toile, le flou qui progresse sans jamais effacer totalement, provoquent la sensation physique de sentir le temps qui passe, au-delà de nous, à un rythme qui échappe au quotidien ; le temps d’un regard, nous sommes devenus des arbres parmi les créations palpitantes d’Hollan.

Le peintre procède de la même façon avec les objets, qu’il restitue dans ses Vies silencieuses (quel beau nom pour dire Nature morte). Dans une concentration et une proximité extrêmes, il expérimente la « tactilité de la vision ». Le regard se brouille, les contours laissent s’exprimer « la poésie vivante » d’un pot, d’un fruit. Les formes s’animent, et Hollan nous invite dans un monde augmenté.

ANNA ZISMAN
Décembre 2018

*Alexandre Hollan, Je suis ce que je vois, Notes sur la peinture et le dessin, 1975-2015, éditions Érès, 2015

Photo : Vie silencieuse, 2001, technique mixte sur papier, 56 x 76 cm, Montpellier, musée Fabre

L’invisible est le visible. Donation Alexandre Hollan
jusqu’au 10 mars
Musée Fabre, Montpellier
04 67 14 83 00
museefabre.montpellier3m.fr